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	<title>Orbis.info @ Notes de Jean-François Mayer &#187; livre</title>
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	<description>Actualités, commentaires, lectures</description>
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		<title>Comment un ouvrage du XVIIIème siècle a transformé notre perception des religions: les &#171;&#160;Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde&#160;&#187;</title>
		<link>http://orbis.info/2010/09/comment-un-ouvrage-du-xviiieme-siecle-a-transforme-notre-perception-des-religions-les-ceremonies-et-coutumes-religieuses-de-tous-les-peuples-du-monde/</link>
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		<pubDate>Sun, 19 Sep 2010 19:55:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire des religions]]></category>
		<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[gravures]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[religions]]></category>

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		<description><![CDATA[Fruit des recherches de trois universitaires, un passionnant livre met en lumière l'influence d'une oeuvre du XVIIIème siècle, les "Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde", de Picart et Bernard. Ou le début de l'étude comparée des religions, dans la genèse des Lumières.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>﻿Il y a une dizaine d&#8217;années, j&#8217;avais découvert, au hasard d&#8217;achats de gravures, quelques illustrations provenant des <em>Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde représentées par des figures dessinées de la main de Bernard Picart</em>, volumes publiés à Amsterdam à partir de 1723. J&#8217;avais été d&#8217;emblée séduit par la qualité de ces gravures: depuis, j&#8217;en ai acheté plusieurs, fait encadrer quelques-unes, offert d&#8217;autres. À l&#8217;entrée de mon logement, l&#8217;on peut voir sur un mur une procession de la Fête-Dieu, sur l&#8217;autre un baptême et des funérailles russes — la première plus exacte que la seconde: Picart avait pu voir des processions de la Fête-Dieu, mais sans doute jamais des cérémonies orthodoxes russes. Les représentations de Picart ne se limitent pas aux formes religieuses du monde chrétien: les cultures les plus exotiques se trouvent aussi dans sa galerie.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_bapteme_russe.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-165" title="Picart_bapteme_russe" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_bapteme_russe.jpg" alt="Le baptême des russes - gravure de Picart" width="568" height="431" /></a></p>
<p>De Picart, je savais simplement qu&#8217;il était un protestant français réfugié aux Pays-Bas. J&#8217;avais deviné aussi que l&#8217;influence de ses représentations avait été large: en effet, au milieu du XIXe siècle, des ouvrages sur les religions continuaient de copier Picart. Mais je n&#8217;avais pas conscience de l&#8217;importance de l&#8217;œuvre de Picart dans l&#8217;histoire des idées en Europe.</p>
<p><span id="more-163"></span></p>
<p>Je la découvre ces jours grâce à un livre passionnant, rédigé par deux historiennes américaines et un historien néerlandais: Lynn Hunt, Margaret C. Jacob et Wijnand Mijnhardt, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0674049284?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=0674049284">The Book That Changed Europe: Picart &amp; Bernard&#8217;s &#8216;Religious Ceremonies of the World&#8217;</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=0674049284" border="0" alt="" width="1" height="1" />, </em>Cambridge (Massachusetts) / Londres, Belknap Press (Harvard University Press), 2010. Notons au passage le titre: Picart et Bernard, car ces livres furent le fruit d&#8217;un effort commun, même si le nom de Picart fut mis en avant comme auteur, tandis que Bernard figurait simplement comme éditeur.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_book.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-167" title="Picart_book" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_book.jpg" alt="Book about Picart's and Bernard's 'Religious Ceremonies of the World'" width="276" height="421" /></a>Dès l&#8217;introduction, les enjeux de la publication de Picart et Bernard sont mis en évidence: à travers leur ouvrage, pour la première fois, les différentes religions du monde étaient présentées sur pied d&#8217;égalité, en quelque sorte: ces volumes ouvraient la voie au comparatisme religieux. En outre, leur démarche s&#8217;inscrivait dans le mouvement qui conduisait aux « Lumières »: loin d&#8217;être des protestants de stricte orthodoxie, Picart et Bernard inclinaient plutôt à des positions proches, à certains égards, de libres penseurs : leur entreprise débouche sur le déisme plus que sur un attachement à une tradition religieuse. Leur entreprise était bien sûr marquée par leurs orientations intellectuelles. Le livre <em>Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde</em> « semait l&#8217;idée radicale que toutes les religions étaient également dignes de respect — et de critique. […] Ce panorama global des pratiques religieuses désagrégeait et délimitait de fait le sacré, le rendant spécifique à une époque, à un lieu et à des institutions. » (pp. 1-2) Les similitudes entre rituels à travers l’espace et le temps créaient une catégorie de « religion » : « Implicitement, les images transformaient la religion, d’une question de foi révélée à certains peuples de Dieu (les juifs, les catholiques, et ensuite les protestants), en un sujet de pratiques sociales comparées. » (p. 157)</p>
<p>La démarche était nourrie, notent les trois auteurs, par les tentatives de protestants du XVIIe siècle de trouver dans les pratiques « idolâtres » d&#8217;autres religions des parallèles avec celles du catholicisme. L&#8217;approche de Picart et Bernard rompait cependant avec un projet apologétique visant à démontrer la vérité d&#8217;une religion.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Mexicains1.jpg"><img class="size-full wp-image-171 aligncenter" title="Picart_Mexicains" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Mexicains1.jpg" alt="Réjouissance des Mexicains pour le début d'un nouveau siècle - gravure de Picart" width="550" height="441" /></a>Bernard Picart (1673-1733) était un catholique français passé au protestantisme, après avoir déjà eu une carrière de graveur estimé derrière lui, sur les traces de son père qui pratiquait le même art. Il partit s&#8217;installer aux Pays-Bas à la fin de 1709 ou au début de l&#8217;année suivante. Jean Frédéric Bernard (1680-1752), pour sa part, était protestant de naissance, fils de pasteur, dont la famille n&#8217;avait eu d&#8217;autre choix que de quitter la France en 1685, après la révocation de l&#8217;Édit de Nantes, et s&#8217;installa l&#8217;année suivante à Amsterdam, après un intermède genevois. Ce furent 50.000 à 70.000 protestants français qui choisirent l&#8217;exil aux Pays-Bas, où ils rejoignaient des immigrants d&#8217;autres pays européens et de confessions variées.</p>
<p>Les gravures de Picart firent la réputation de ces volumes. Mais l’auteur des textes était Bernard. À travers cette publication (et d’autres, puisqu’il était éditeur) ainsi que par les idées qu’il développa dans ses écrits, Bernard mérite, de l’avis des nos trois chercheurs, de compter au nombre des figures fondatrices des Lumières (pp. 127-128).</p>
<p>L’on découvre au passage que la plupart des livres de Rousseau furent publiés à Amsterdam par Marc Michel Rey, gendre de Bernard, et que la fille de Bernard entretenait avec Rousseau une correspondance soutenue. Et l’on peut s’interroger sur l’influence des <em>Cérémonies et coutumes religieuses</em> sur un texte tel que la « Profession de foi du vicaire savoyard », estiment les auteurs (p. 133).</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Quakers.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-172" title="Picart_Quakers" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Quakers.jpg" alt="Réunion de quakers à Amsterdam - gravure de Picart" width="516" height="385" /></a>Le livre de nos trois chercheurs est une bonne occasion de découvrir le dynamique environnement des Pays-Bas de l&#8217;époque, où régnait pour les éditeurs une liberté généralement plus grande qu&#8217;ailleurs, même si elle n&#8217;était pas illimitée. De 1650 à 1725, les Pays-Bas produisirent près de la moitié de tous les livres publiés en Europe: l&#8217;édition devint un produit d&#8217;exportation important pour les Pays-Bas (p. 86). Nombre de ces livres étaient destinés au public français et passaient plus ou moins aisément la frontière, malgré la vigilance des autorités françaises. L&#8217;on découvre aussi que le respect du <em>copyright </em>n&#8217;était guère répandu: ainsi, Bernard republiait allègrement des livres sans permission, et les autorités néerlandaises refusèrent jusqu&#8217;en 1795 de réprimer la réédition illégale de livres publiés à l&#8217;étranger — seuls étaient protégés jouissant d&#8217;une protection locale (pp. 98-99).</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_messe_morts.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-173" title="Picart_messe_morts" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_messe_morts.jpg" alt="" width="581" height="451" /></a>Si Picart, comme je l’ai rappelé plus haut, avait pu voir les cérémonies catholiques auxquelles il avait participé en France avant son passage adulte au protestantisme, et s&#8217;il pouvait assister aux Pays-Bas aux cérémonies de juifs portugais et à celles de différentes branches du christianisme issu de la Réforme, il ne voyagea jamais hors de l&#8217;Europe et n&#8217;eut donc jamais l&#8217;occasion d&#8217;observer les pratiques religieuses d&#8217;autres continents. Pour représenter celles-ci, il utilisa les récits de voyage, dont la production ne cessait d&#8217;augmenter sur le marché du livre européen: 456 au XVIe siècle, 1.566 au XVIIe siècle, 3.540 au XVIIIe siècle (p. 5). Picart se chargeait entièrement lui-même de la production de certaines gravures, il en supervisait d&#8217;autres. Il accorda une attention particulière à celle de certaines coutumes juives, auxquelles il obtint d&#8217;accéder après de longs efforts pour surmonter l&#8217;initiale méfiance de ses interlocuteurs. Le livre évite entièrement tout aspect de polémique ou caricature antijuive, tant dans les illustrations que dans le texte.</p>
<p>Pour la représentation de cérémonies catholiques romaines, Picart recourut beaucoup à des représentations figurant des des ouvrages catholiques, notamment dans des éditions du <em>Pontifical</em>, qu&#8217;il reproduisit avec grand soin — et dans toute la pompe de ces célébrations, non sans une arrière-pensée, puisque cela permettait de faire d&#8217;autant mieux contraster cette splendeur avec la simplicité des cérémonies protestantes, et de suggérer la similarité entre le catholicisme romain et des cérémonies païennes. Cependant, indépendamment de ces aspects, l&#8217;intérêt du travail de Picart est qu&#8217;il ne tente jamais de caricaturer, mais bien de représenter aussi fidèlement que possible.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_emir.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-174" title="Picart_emir" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_emir.jpg" alt="Un émir des musulmans vu par Picart" width="540" height="807" /></a>Les cultures non chrétiennes ne sont pas représentées de façon dépréciative. Un volume entier est consacré à l’islam, pour lequel Picart et Bernard s’efforcent de s’appuyer sur les meilleures sources disponibles et d’en faire la synthèse. (Picart semble avoir été particulièrement fasciné par les derviches, à en juger par le soin personnellement accordé à la préparation de ces gravures.)</p>
<p>Le livre connut un réel succès, également en France. Au point que, quand il se trouva mis à l&#8217;index, deux prêtres français en publièrent une édition expurgée — mais en conservant ces gravures qui continuent d&#8217;exercer un attrait jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, comme en témoigne mon propre goût pour celle-ci alors même que j&#8217;ignorais tout de leur importance dans l&#8217;histoire de l&#8217;étude des religions.</p>
<p>À vrai dire, je ne suis pas le seul: Hunt, Jacob et Mijnhardt remarquent que, malgré son durable succès démontré par plusieurs rééditions et traductions (notamment en anglais – rééditions et traductions souvent accompagnées de transformations du texte), jusqu’en 1841, les ouvrages de référence sur les religions comparées ont largement ignoré l’apport de Picart et Bernard. Il est vrai que ceux-ci n’avaient pas pour ambition de fonder une nouvelle discipline (pp. 308-309). Le livre présenté ici, qui se lit très agréablement, contribuera certainement à rendre manifeste leur contribution.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_guinee.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-175" title="Picart_guinee" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_guinee.jpg" alt="Salutation matinale en Guinée - gravure de Picart" width="437" height="672" /></a></p>
<p>Lynn Hunt, Margaret C. Jacob et Wijnand Mijnhardt, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0674049284?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=0674049284">The Book That Changed Europe: Picart &amp; Bernard&#8217;s &#8216;Religious Ceremonies of the World&#8217;</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=0674049284" border="0" alt="" width="1" height="1" /></em>, Cambridge (Massachusetts) / Londres, Belknap Press (Harvard University Press), 2010, XII + 384 p.</p>
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		<title>Le bibliomane dans tous ses états</title>
		<link>http://orbis.info/2010/08/le-bibliomane-dans-tous-ses-etats/</link>
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		<pubDate>Sat, 07 Aug 2010 16:29:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu'il est difficile aux bibliophiles et bibliomanes de faire comprendre le plaisir que leur donnent les livres à ceux qui y restent insensibles! Comment leur dire, par exemple, avec quel contentement j'ai préparé ce billet, parce que je l'écrivais au milieu de livres tapissant jusqu'au plafond les quatre murs de la pièce, à côté d'autres chambres également remplies de livres, jusque sur le plancher… Mais non, je ne suis pas bibliomane fou: simplement amoureux des livres…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/08/IMG_0329.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-146" title="Bibliothèque" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/08/IMG_0329-300x225.jpg" alt="Livres sur les rayons d'une bibliothèque" width="300" height="225" /></a>L&#8217;amour des livres est-il une addiction? Je ne parle pas simplement du livre de collection, du tirage sur beau papier, mais du livre en général. Depuis mon enfance, il me paraît naturel de soigner mes livres, même un livre de poche; je suis horrifié de voir comment certains lecteurs traitent leurs livres. Certes, ce qui m&#8217;intéresse est le contenu. Mais le support matériel de ces compagnons que deviennent les livres mérite le respect. Serais-je donc bibliomane?</p>
<p>Je me suis interrogé sur la définition du mot, grâce aux précieuses ressources que nous offre, dans sa section &laquo;&nbsp;Lexicographie&nbsp;&raquo;, le <a href="http://www.cnrtl.fr/definition/" target="_blank">Centre national de ressources textuelles et lexicales</a>. Surprise: la définition évolue d&#8217;une édition à l&#8217;autre du <em>Dictionnaire de l&#8217;Académie française</em>! Dans la 4<sup>e</sup> édition de celui-ci (1762), la bibliomanie est définie comme la &laquo;&nbsp;passion d&#8217;avoir des livres&nbsp;&raquo;. Dans la 8<sup>e</sup> édition (1932-1935), c&#8217;est la &laquo;&nbsp;manie d&#8217;avoir des livres précieux et rares&nbsp;&raquo;. La 9<sup>e</sup> édition (en cours depuis 1992, et <a href="http://atilf.atilf.fr/academie9.htm" target="_blank">en ligne</a>) semble choisir la prudence et laisser à chaque lecteur le soin de tirer ses propres conclusions: &laquo;&nbsp;XVII <sup>e</sup> siècle. Composé de <em>biblio- </em>et de <em>-manie, </em>tiré du grec <em>mania, </em>«folie». Passion du bibliomane.&nbsp;&raquo; Mais le bibliomane (qui se trouve simplement &laquo;&nbsp;atteint de bibliomanie&nbsp;&raquo; dans des éditions antérieures, maladie plutôt inoffensive) a droit à un jugement sévère: &laquo;&nbsp;XVII<sup>e</sup> siècle. Dérivé de <em>bibliomanie.</em> Personne qui a la passion des livres, notamment des livres rares et précieux, moins pour les lire que pour les posséder.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Plusieurs autres dictionnaires poussent encore plus loin et soupçonnent le bibliomane de souffrir d&#8217;un sérieux dérangement: &laquo;&nbsp;Passion excessive des livres&nbsp;&raquo; (Littré); &laquo;&nbsp;Qui a une passion maniaque pour les livres&nbsp;&raquo; (Mediadico). Publié en 1995 chez Henry Holt and Company, un épais ouvrage de plus de 600 pages, que je n&#8217;ai pas eu l&#8217;occasion de lire, écrit par Nicholas A. Basbanes et consacré aux bibliophiles et bibliomanes, était intitulé <a href="http://www.amazon.com/gp/product/0805036539?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-20&amp;linkCode=as2&amp;camp=1789&amp;creative=9325&amp;creativeASIN=0805036539"><em>A Gentle Madness</em></a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.com/e/ir?t=religioscope-20&amp;l=as2&amp;o=1&amp;a=0805036539" border="0" alt="" width="1" height="1" />, &laquo;&nbsp;une douce folie&nbsp;&raquo;&#8230;</p>
<p><span id="more-144"></span></p>
<p>J&#8217;ai découvert aussi ce que Diderot écrivait du bibliomane: &laquo;&nbsp;C’est un homme possédé de la fureur des livres. […] Un <em>bibliomane</em> n’est donc pas un homme qui se procure des livres pour s’instruire : il est bien éloigné d’une telle pensée, lui qui ne les lit pas seulement. Il a des livres pour les avoir, pour en repaître sa vue; toute sa science se borne à connaître s’ils sont de la bonne édition, s’ils sont bien reliés; pour les choses qu’ils contiennent, c’est un mystère auquel il ne prétend pas être initié, cela est bon pour ceux qui auront du temps à perdre. Cette possession qu’on appelle <em>bibliomanie</em> est souvent aussi dispendieuse que l&#8217;ambition et la volupté.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Au vu de ces définitions, je consens à être bibliomane au sens de l&#8217;édition de 1762 du <em>Dictionnaire de l&#8217;Académie</em>, mais je refuse énergiquement que me soit appliqué ce terme tel qu&#8217;il est défini ailleurs. Certes, bien que gros lecteur, j&#8217;achète plus de livres que je ne réussis à en lire, j&#8217;ai plus d&#8217;une pièce remplie de livres en attente, mais avec la ferme intention de lire un jour chacun d&#8217;entre eux. Même si je me sens parfois pris d&#8217;un petit vertige, face aux centaines de volumes non encore lus garnissant des parois et aux piles de ceux qui m&#8217;arrivent chaque semaine, en me demandant par lequel commencer… Au moins, si je me retrouve un jour dans l&#8217;impossibilité d&#8217;acheter des livres, j&#8217;ai des réserves pour survivre longtemps!</p>
<p>Mon équilibre mental et mon sain amour du livre étant ainsi démontrés, poussons notre exploration plus avant.</p>
<p>Il faut reconnaître que l&#8217;amour des livres prend des formes variées, et parfois insolites. J&#8217;en ai rassemblé plusieurs exemples dans mes dossiers (car, oui, à côté des livres, j&#8217;ai constitué des centaines de dossiers et cartons de documentation). Ainsi, dans le carnet nécrologique du <em>Monde</em> du 14 janvier 1994, j&#8217;avais repéré l&#8217;annonce du décès d&#8217;un inconnu, M. Marius Petit, &laquo;&nbsp;survenu le 31 décembre 1993, dans sa quatre-vingt-cinquième année&nbsp;&raquo; à Les Eyzies-de-Tayac (Dordogne). Le texte précisait: &laquo;&nbsp;ses cendres, selon sa volonté, reposent dans sa bibliothèque&nbsp;&raquo;. Voilà un bibliomane que j&#8217;aurais sans doute eu plaisir à connaître!</p>
<p>D&#8217;autres semblent tiraillés entre l&#8217;amour du livre et des considérations utilitaires. Dans le <em>Journal de Genève</em> du 30 mars 1995, une petite annonce ainsi formulée avait retenu mon attention: &laquo;&nbsp;Je lègue à ma mort ma bibliothèque (3 000 livres en 25 langues, valeur Fr. 250 000 à 300 000 environ) contre un DOCTORAT HONORIS CAUSA d&#8217;une université d&#8217;Etat suisse. Autre prestation possible!&nbsp;&raquo; Voilà un anonyme amateur de livres (?) — et un peu naïf quant au marchandage de titres universitaires! — que je n&#8217;aurais pas vraiment désiré rencontrer. Même si je me suis toujours demandé comment l&#8217;on pouvait bien en arriver à posséder des livres en 25 langues: les lisait-il vraiment?</p>
<p>Il y a quelques années, Jost Auf der Maur avait présenté dans un article quelques cas de bibliomanie (<a href="http://www.nzz.ch/nachrichten/panorama/articlee5eub_1.35633.html?video=1.5451021" target="_blank">&laquo;&nbsp;Das Buch, es atmet, es lebt&nbsp;&raquo;</a>, <em>NZZ am Sonntag</em>, 28 mai 2006).</p>
<p>Il y évoquait la bibliomanie comme &laquo;&nbsp;un feu sauvage, indomptable&nbsp;&raquo;, que ne peuvent mesurer ceux qui ont simplement du plaisir à lire. L&#8217;attraction irrésistible à posséder le livre convoité ferait perdre toute mesure, toute raison — la plus dangereuse de toutes les passions, prétendait Auf der Maur, s&#8217;empressant de l&#8217;illustrer par quelques exemples. Celui qui m&#8217;avait le plus impressionné était celui de ce prospère entrepreneur de la région de Saint-Gall, dont les moyens avaient sensiblement diminué à l&#8217;âge de la retraite; il dut choisir entre le déménagement vers un logement moins vaste avec son épouse pour y couler des jours paisibles ou un changement complet de son mode de vie pour &laquo;&nbsp;sauver&nbsp;&raquo; sa bibliothèque de 60 000 volumes. Bien entendu, notre homme choisit les livres. Il abandonna son épouse, loua un entrepôt non chauffé dans la Principauté du Liechtenstein et ne s&#8217;y consacra plus qu&#8217;à ses livres, avec un mobilier réduit au minimum. Cependant, ses ressources finirent par s&#8217;épuiser, au point de ne plus réussir à payer son loyer. Le propriétaire de l&#8217;entrepôt commença à faire chaque mois une discrète incursion et à apposer chaque fois un signe sur un rayonnage, en échange du loyer impayé. Ce qui ne perturba tout d&#8217;abord pas le bibliomane, explique Auf der Maur, puisque ses livres étaient toujours là. Mais le jour où l&#8217;entrepôt fut vidé de ses livres tandis que leur ancien propriétaire était transporté dans un foyer, notre malheureux bibliomane sombra aussitôt dans un état de démence. Je frissonne chaque fois que je relis cette terrible histoire…</p>
<p>Curieusement, la bibliophilie ou bibliomanie semble être la plupart du temps être une passion masculine, notait Laurence Benaïm dans un bon article sur les bibliophiles qu&#8217;avait publié l&#8217;hebdomadaire français <em>L&#8217;Express</em> (17 janvier 1986). Elle y relatait plusieurs histoires d&#8217;amateurs de beaux livres qui les conservaient dans des pièces accessibles à eux seuls, tandis que leur épouse se consumait d&#8217;une rage sourde. Et de citer François Chapon, alors rédacteur en chef du <em>Bulletin du bibliophile</em>: &laquo;&nbsp;On a vu des veuves folles de rage qui, pour exorciser le mal du défunt. Arrachaient sauvagement les ex-libris.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Sans avoir été témoin de tels excès (heureusement!), je ne compte plus les érudits ou chercheurs que j&#8217;ai rencontrés et qui confessent se trouver en permanente négociation avec leur épouse pour obtenir l&#8217;installation de nouveaux rayonnages ou avoir le droit d&#8217;augmenter comme ils le voudraient la taille de leur bibliothèque. Bibliomanes et bibliophiles, vous êtes avertis: dans l&#8217;intérêt de vos livres, restez célibataires!</p>
<p>Observateurs privilégiés de cette partie de l&#8217;humanité qui a la passion du livre, les libraires d&#8217;ancien peuvent tous raconter des histoires de ce genre. Quand j&#8217;étais étudiant à Lyon, il y a plus de trente ans, j&#8217;avais eu le plaisir de nouer une amicale relation avec Perlette Chartier, libraire d&#8217;ancien et d&#8217;occasion avec une très longue expérience, puisqu&#8217;elle était entrée dans le métier en 1936. J&#8217;ai sous les yeux, avec sa chaleureuse dédicace, ses souvenirs, <em>Jadis libraire, rue du Bât-d&#8217;Argent</em> (Lyon, 1984). C&#8217;est un plaisir de découvrir les innombrables anecdotes, souvent drôles ou émouvantes, que contiennent ces 200 pages. Dans le registre des veuves vengeresses, je retiens le cas de cette femme à laquelle Madame Chartier acheta une &laquo;&nbsp;très belle bibliothèque littéraire&nbsp;&raquo;, mais qui possédait aussi &laquo;&nbsp;un ensemble considérable de livres de chasse&nbsp;&raquo;, propriété de son défunt mari, ensemble &laquo;&nbsp;destiné à périr dans la grande cheminée&nbsp;&raquo;.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Je vis de mes yeux flamber des merveilles. Ce fut un supplice.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Inflexible, drapée dans sa haine, la propriétaire demeura insensible à mes prières.</p>
<p>&laquo;&nbsp;— Mon mari m&#8217;a laissée seule pendant trop de week-ends. Il aimait la chasse plus que tout, ses livres plus que moi. Il vient de mourir. Je tiens ma vengeance: ils brûleront tous. On pourrait m&#8217;en offrir des fortunes, rien ne pourrait me donner un plaisir équivalent à celui de les détruire!&nbsp;&raquo; (p. 81)</p>
<p>Un autre libraire qui écrivit ses souvenirs et dont j&#8217;étais client, Marcel Thourel, raconte qu&#8217;un cas &laquo;&nbsp;assez fréquent&nbsp;&raquo; parmi les vendeurs de livres est &laquo;&nbsp;celui du bibliophile qui, sachant que ses héritiers disperseront assez rapidement ce qu&#8217;il a amassé avec amour, passion parfois, ou le partageront dans les pires conditions, juge préférable de le vendre lui-même, sachant qu&#8217;on partage plus équitablement une somme d&#8217;argent que des livres. Je n&#8217;insisterai pas sur le regard de tristesse que j&#8217;ai pu constater en telle situation, lorsque le vendeur voyait ranger dans des cartons et emporter ce qui avait été souvent une des grandes joies de son existence.&nbsp;&raquo; (<em>L&#8217;amour Livre. Souvenirs d&#8217;un bouquiniste de province</em>, Toulouse, Ed. Midia, 1987, pp. 66-67)</p>
<p>Qu&#8217;il est difficile aux bibliophiles et bibliomanes de faire comprendre le plaisir que leur donnent les livres à ceux qui y restent insensibles! Comment leur dire, par exemple, avec quel contentement j&#8217;ai préparé ce billet, parce que je l&#8217;écrivais au milieu de livres tapissant jusqu&#8217;au plafond les quatre murs de la pièce, à côté d&#8217;autres chambres également remplies de livres, jusque sur le plancher… Mais non, je ne suis pas bibliomane fou: simplement amoureux des livres…</p>
<p><em>Arrivant à la fin de ce texte, j&#8217;ai bien sûr commandé deux livres de plus (je sais, ce n&#8217;est pas raisonnable, mais tellement tentant): les textes de Charles Nodier consacrés à la passion de lire et réunis en un recueil</em> (<a href="http://www.amazon.fr/gp/product/285920220X?ie=UTF8&amp;tag= religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=285920220X">L&#8217;amateur de livres, précédé du Bibliomane, de Bibliographie des fous et De la monomanie réflexive</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t= religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=285920220X" border="0" alt="" width="1" height="1" /><em>, édition présentée par Jean-Luc Steinmetz, Paris, Le Castor Astral, 1993) et le roman de Jean-François Kierzkowski,</em> <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2915596522?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2915596522">Le Bibliomane</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2915596522" border="0" alt="" width="1" height="1" /> <em>(Rennes, Ed. Les Perséides, 2010). Mais j&#8217;ai sagement décidé de différer l&#8217;achat du gros volume de Basbanes</em> (<a href="http://www.amazon.com/gp/product/0805036539?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-20&amp;linkCode=as2&amp;camp=1789&amp;creative=9325&amp;creativeASIN=0805036539">A Gentle Madness: Bibliophiles, Bibliomanes, and the Eternal Passion for Books</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.com/e/ir?t=religioscope-20&amp;l=as2&amp;o=1&amp;a=0805036539" border="0" alt="" width="1" height="1" />) <em>ainsi que celui d&#8217;un ouvrage de Renaud Muller, </em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/273845853X?ie=UTF8&amp;tag= religioscope-21 &amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=273845853X">Une anthropologie de la bibliophilie: Le désir de livre</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=273845853X" border="0" alt="" width="1" height="1" /><em> (Paris, L&#8217;Harmattan, 2000).</em></p>
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		<title>L’amour du papier</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Jun 2010 20:25:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[imprimerie]]></category>
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		<description><![CDATA[En prélude à une prochaine note sur la passion des livres, quelques remarques sur son corollaire: le papier. Je trouve un plaisir sensuel à caresser une page, à sentir la texture du papier, et nul besoin pour cela qu’il s’agisse d’une édition de luxe. Périssable? Peut-être pas autant que nous le pensons, si l'on songe à la durée de certains papiers et à la durée incertaine de supports informatiques.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/06/papermaking.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-141" title="papermaking" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/06/papermaking.jpg" alt="" width="283" height="424" /></a>Au mois de mai, le jeudi de l’Ascension, j’ai fait la désagréable expérience d’un dégât d’eau chez moi. Ennuyeux, puisqu’il faut ensuite réparer. Mais plus que cela, car quelque 200 volumes et brochures furent abîmés ou irrémédiablement détruits. L’occasion semble bonne pour partager quelques réflexions et anecdotes sur le goût pour les livres et l’imprimé en général. Ce sera l’objet de la prochaine note. Mais tout d’abord, quelques observations sur l’amour du papier.</p>
<p>Amour du papier? Oui, même si je suis loin d’être un expert du sujet: après tout, je trouve un plaisir sensuel à caresser une page, à sentir la texture du papier, et nul besoin pour cela qu’il s’agisse d’une édition de luxe. Parmi les volumes abîmés en ce jour fatidique de l’Ascension 2010 se trouvait une série reliée d’une petit périodique de l’entre-deux-guerres: plus d’une fois, en le consultant, je me plaisais à passer les doigts sur les pages bien lisses, comme pour les lisser encore mieux. En revanche, quand le papier bien conservé se gondole après les atteintes de l’humidité, ce plaisir disparaît — et peu importe que le texte soit toujours lisible, la lecture s’en trouve gâchée.<span id="more-134"></span></p>
<p>Ironie du sort: parmi les volumes atteints (mais superficiellement) se trouvait un <em>Glossaire du Papetier</em>, rédigé par Jean-Claude Perrin et imprimé en édition numérotée de 500 exemplaires dans la région lilloise en 2003. Un livre sur beau papier, comme il se doit, qui rassemble “les mots et expressions utilisées par le papetier depuis l’invention du papier jusqu’à ce jour”, avec 124 illustrations (dessins de l’auteur) et une bibliographie. Passionnants aperçus sur tous les aspects de la transformation de la cellulose en papier. Avec un rappel historique introductif: apparu en Chine, le papier atteint le bassin méditerranéen à la suite de la capture de Chinois maîtrisant cette technique par les Arabes lors d’une bataille à Samarcande en 751! Il se diffuse en Grèce au Xe siècle, en Espagne au XIe.</p>
<p>La production mondiale de papier était de 8 millions de tonnes en 1900, ai-je aussi appris; en l’an 2000, elle atteignait près de 300 millions de tonnes, dont 90 millions en Europe.</p>
<p>Je renonce à énumérer mes découvertes en me plongeant dans ces notices: le vocabulaire papetier est riche, et peu d’entre nous en connaissent toutes les subtilités. D’autant plus que le Glossaire est plus qu’une liste sèche, mais fourmille de petites remarques non dénuées d’humour, ou d’explications sur des particularités techniques.</p>
<p>Baskerville, par exemple, évoquait pour moi une police de caractères: mais j’ignorais que John Baskerville (1706-1775), imprimeur anglais, fut également l’inventeur du papier vélin (“papier dont aucune marque n’apparaît par transparence donnant  l’apparence du parchemin”).</p>
<p>De même, je n’aurais jamais imaginé que le mot “châtaignée” désigne une “feuille de papier artisanal défectueuse parsemée de petits bourrelets de pâte appelée andouilles”. Et je ne savais pas plus que le “papillotage” était un “défaut d’impression dû à un mauvais positionnement de la feuille à sa mise en pression et provoquant une double impression comme les ailes du papillon”. De telles notices fleurent bon le parfum d’un vieux et noble métier!</p>
<p>Il y a une dizaine d’années, les hasards d’un voyage en avion m’avaient valu de me retrouver assis à côté du représentant d’un grand fabricant de papier français, qui se rendait à l’étranger pour y rencontrer des clients. Il m’avait parlé de toute les techniques de production, par exemple celles du papier bible, très fin, à la fois opagque et résistant, puisqu’il ne doit pas se déchirer à l’impression malgré sa finesse. Tous les fabricants ne maîtrisent pas de telles techniques.</p>
<p>Pourtant, après le traumatique incident du jour de l’Ascension, j’en étais venu à me dire que le papier est quelque chose de bien périssable. “Pas du tout”, se récria le libraire d’ancien auquel je fis cette remarque. Il s’empara d’un volume sur son bureau: “Voyez, ce livre a deux siècles, je peux toujours le lire, le papier est en parfait état. Pensez-vous que vous pourrez encore lire, dans deux siècles, des données que vous enregistrez aujourd’hui sur un support informatique?” Il avait raison, en tout cas pour les papiers de bonne qualité.</p>
<p><em>Je profite de cette notice pour signaler à mes lecteurs auxquels il arrive de passer dans ma ville de Fribourg qu’on y trouve un intéressant <a href="http://www.gutenbergmuseum.ch/" target="_blank">Musée Gutenberg</a> (“musée suisse des arts graphiques et de la communication”), avec une exposition permanente sur l’histoire de l’imprimerie et d’originales expositions temporaires, dans un immeuble du XVIe siècle.</em></p>
<p><em><span style="font-size: 80%;">Crédit photographie: © 2009 Henning Mertens &#8211; Agence: <a href="http://www.istockphoto.com" target="_blank">iStockPhoto</a></span></em></p>
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