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	<title>Orbis.info @ Notes de Jean-François Mayer &#187; Livres et édition</title>
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	<description>Actualités, commentaires, lectures</description>
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		<title>Dictionnaire historique de la Suisse: Population, Poste, Réforme&#8230;</title>
		<link>http://orbis.info/2011/11/dictionnaire-historique-de-la-suisse-population-poste-reforme/</link>
		<comments>http://orbis.info/2011/11/dictionnaire-historique-de-la-suisse-population-poste-reforme/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 20 Nov 2011 20:28:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>
		<category><![CDATA[dictionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[histoire suisse]]></category>

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		<description><![CDATA[A l'occasion de la parution du dixième volume – sur treize prévus - du 'Dictionnaire historique de la Suisse', une présentation de cet ouvrage de référence et une occasion de s'arrêter sur la riche information offerte par les articles, à travers quelques exemples.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img style="float: right;" title="dhs.png" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/11/dhs.png" alt="Dictionnaire historique de la Suisse, volume X" width="150" height="193" border="5" /></p>
<p>La semaine dernière, j&#8217;ai reçu le dixième volume du <a href="http://www.hls-dhs-dss.ch"><em>Dictionnaire historique de la Suisse</em></a>. Treize sont prévus, le premier était paru en 2002: l&#8217;entreprise se poursuit donc au rythme imperturbable d&#8217;un volume annuel. Au total, le <em>DHS</em> comptera 36.000 articles, plus de 10.00 pages et 8.500 illustrations. Et pas seulement en français, mais aussi en allemand et en italien, ce qui donne une idée de l&#8217;ampleur de ce projet.</p>
<p>J&#8217;y avais souscrit et je ne regrette pas la dépense que représente l&#8217;acquisition d&#8217;un nouveau volume chaque année. Car ce dictionnaire est une mine d&#8217;information. Si certains articles sont brefs (notamment les biographies, couvrant en règle générale un paragraphe), d&#8217;autres sont longs de plusieurs pages. Quelle que soit la longueur de l&#8217;article, des références bibliographiques sont fournies pour qui désire en savoir plus. Une illustration abondante et attrayante complète le texte, ainsi que des diagrammes quand il y a lieu (par exemple pour des données statistiques).</p>
<p>Ce n&#8217;est donc pas simplement un dictionnaire que l&#8217;on consulte quand on cherche quelque chose de précis: chaque fois que sort un nouveau volume, je prends plaisir à le parcourir et à me plonger dans des notices que je ne cherchais pas. Ce que j&#8217;ai fait en recevant ce dixième volume.</p>
<p><span id="more-310"></span>864 pages, un contenu qui va de &laquo;&nbsp;Poma&nbsp;&raquo; à &laquo;&nbsp;Saitzev&nbsp;&raquo; (Poma est le nom d&#8217;un sculpteur sur bois, décédé en 1995; Saitzev, celui d&#8217;un professeur d&#8217;économie politique d&#8217;origine russe, décédé à Zurich en 1951).</p>
<p>En commençant à feuilleter, je suis tombé sur le chapitre &laquo;&nbsp;Population&nbsp;&raquo;, signé par Anne-Lise Head-König, aux pages 14 à 19. Passionnant aperçu sur l&#8217;évolution de la population en Suisse depuis la préhistoire — probablement 10.000 à 20.000 habitants durant la période néolithique sur le Plateau suisse, près de 200.000 habitants à l&#8217;époque romaine, puis une forte diminution lors des &laquo;&nbsp;incursions dévastatrices des Germains&nbsp;&raquo;. Vers l&#8217;an 1000, sans doute un demi-million d&#8217;habitants. La progression démographique subséquente est ralentie avec la crise du bas Moyen Âge, au XIVe siècle: &laquo;&nbsp;Des 200 villes que comptait le territoire actuel de la Suisse vers 1400, une centaine a vu sa population disparaître ou rétrécir comme peu de chagrin.&nbsp;&raquo; À cette époque, Bâle et Genève n&#8217;ont guère plus de 10.000 habitants. L&#8217;article ne cite pas seulement des chiffres: il les explique et donne des précisions.</p>
<p>La population de ce qui est aujourd&#8217;hui la Suisse est passée de 1,2 million vers 1700 à 3,9 millions en 1914. Entre 1914 et 2000, elle monte à 7,2 millions. À la fin des années 1880, les flux migratoires s&#8217;inversent: la Suisse attire dès ce moment plus d&#8217;étrangers qu&#8217;elle n&#8217;envoie elle-même de migrants. En 1910, 14,7% de la population était étrangère (avec l&#8217;Allemagne comme principal fournisseur de migrants), pourcentage qui baisse ensuite, pour remonter dès les années 1950, en raison d&#8217;un besoin de main d&#8217;œuvre: 10,8% d&#8217;étrangers en 1960, 17,2% en 1970, 14,8% en 1980, 18,1% en 1990, 20,5% en l&#8217;an 2000. Selon les données que l&#8217;on peut trouver sur le site de l&#8217;<a href="http://www.bfs.admin.ch">Office fédéral de la statistique</a>, le pourcentage des étrangers en Suisse en 2010 était de 22,4%, dont 31,7% dans la classe d&#8217;âge des personnes de 20 à 39 ans! L&#8217;article précise que l&#8217;accord sur la libre circulation des personnes conclu entre la Suisse et l&#8217;Union européenne en 2002 &laquo;&nbsp;a provoqué un énorme afflux d&#8217;immigrants et la plus forte croissance depuis les années 1960&#8243;.</p>
<p>Quelques pages plus loin, un autre article a attiré mon attention: &laquo;&nbsp;Poste&nbsp;&raquo; (pages 41 à 46). Je me souviens de très intéressantes visites de l&#8217;excellent (et pédagogique) <a href="http://www.ladressemuseedelaposte.fr/">Musée de la Poste</a>, à Paris (à Montparnasse), ainsi que du <a href="http://www.postalmuseum.si.edu/">National Postal Museum</a> à Washington, où j&#8217;avais découvert une exposition temporaire sur&#8230; la poste et le Titanic: oui, il y avait des postiers à bord, et ils sont morts en essayant jusqu&#8217;au dernier moment de sauver le courrier, ce qui démontre un sens du devoir à citer en exemple à tous les postiers du monde!</p>
<p>L&#8217;article du <em>DHS</em>, signé par Karl Kronig, ne fait pas état de tels actes de bravoure, mais propose un panorama de l&#8217;histoire des services postaux en Suisse. Au IIIe siècle, le <em>cursus publicus</em> accepta &laquo;&nbsp;de manière limitée les messages privés&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;intégra pour la première fois le territoire suisse à un système de communication et de transports&nbsp;&raquo;. Après une brève tentative de centralisation du service postal sous la République helvétique, en 1798, il fallut attendre 1849 pour la mise sur pied de la poste fédérale, en application de la Constitution de 1848. Son monopole commença à être contesté à la fin des années 1970, nous apprend l&#8217;article: DHL prit pied en Suisse en 1982.</p>
<p>Jusque vers 1870, l&#8217;envoi de lettres était coûteux et donc réservé à une élite, ai-je appris: la baisse des tarifs étendit l&#8217;usage des services postaux: &laquo;&nbsp;ramené au pouvoir d&#8217;achat, le tarif pour une lettre vers 1900 ne représentait plus que le 20% du coût d&#8217;un envoi analogue en 1850&#8243;, et les tarifs continuèrent de devenir de plus en plus avantageux. L&#8217;article fourmille d&#8217;autres détails intéressants, que la plupart des usagers de la poste, moi le premier, ignorent le plus souvent.</p>
<p>Enfin, j&#8217;ai fait un grand saut jusqu&#8217;aux pages 270 à 275, pour tomber en arrêt devant l&#8217;article &laquo;&nbsp;Réforme&nbsp;&raquo;. Une claire synthèse des événements qui bouleversèrent le paysage religieux de la Suisse et de l&#8217;Europe au XVIe siècle, singée Caroline Schnyder. La Suisse &laquo;&nbsp;fut pendant plusieurs décennies l&#8217;un des centres de ce mouvement&nbsp;&raquo;, avec Zwingli à Zurich et Calvin à Genève. L&#8217;article se conclut par quelques considérations sur l&#8217;historiographie de la Réforme.</p>
<p>L&#8217;achat d&#8217;un tel dictionnaire est coûteux: mais il vaut au moins la peine de le consulter en bibliothèque. En outre, la plupart des articles sont mis en ligne sur le site du <em>DHS</em> (sans les illustrations). J&#8217;ai l&#8217;impression que, ces prochains mois, je continuerai, comme je le fais de temps en temps, à retirer de son rayon l&#8217;un de ces gros volumes, pour le plaisir de partir à la découverte. En attendant les trois volumes encore à paraître&#8230;</p>
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		<title>Genève: ma visite au Salon du livre 2011</title>
		<link>http://orbis.info/2011/05/geneve-ma-visite-au-salon-du-livre-2011/</link>
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		<pubDate>Sat, 07 May 2011 16:47:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[éditeurs]]></category>
		<category><![CDATA[genève]]></category>
		<category><![CDATA[livres]]></category>
		<category><![CDATA[salon du livre]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelques heures passées au Salon du livre de Genève, à découvrir des stands: l'occasion de raconter un coup de cœur pour maison d'édition, de décerner une "mention spéciale" à un éditeur insolite, de signaler quelques titres repérés au hasard des allées, et de s'intéresser aussi – entre les piles de livres - à la présence de plusieurs stands musulmans.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img style="float: right;" title="2011_05_livres_pile.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/05/2011_05_livres_pile.jpg" border="5" alt="2011 05 livres pile" width="342" height="235" /></p>
<p>Cette semaine, je suis retourné au <a href="http://www.salondulivre.ch">Salon international du livre et de la presse</a> de Genève, dont c&#8217;était la 25e édition. J&#8217;hésite toujours avant de visiter un tel salon: je me promets de ne rien acheter&#8230; ou presque&#8230; mais je finis toujours par céder (un peu!) à la tentation et à charger un peu plus les rayons déjà bien remplis de ma bibliothèque! Certes, l&#8217;abondance des ouvrages, d&#8217;un stand à l&#8217;autre, peut aussi exercer un effet modérateur, nous rappelant que l&#8217;on ne saurait tout lire, même dans ses domaines de prédilection&#8230;.</p>
<p>J&#8217;ai pris du plaisir à cette visite: même si le salon a enregistré moins de visiteurs que les années précédentes, paraît-il, je l&#8217;ai trouvé mieux centré sur le livre que certaines années précédentes. En y allant, le 3 mai, mon intention n&#8217;était pas d&#8217;en tirer un billet. A mon retour, cependant, il m&#8217;a semblé que quelques observations pourraient intéresser des lecteurs. Je les partage donc, en vrac. En commençant par un coup de cœur pour un éditeur, et une &laquo;&nbsp;mention spéciale&nbsp;&raquo; pour un autre.</p>
<p><span id="more-287"></span>
<p>Le coup de cœur a été la découverte d&#8217;un stand que son responsable avait déjà déserté, en laissant à un stand voisin le soin de ventes éventuelles. Ce stand presque abandonné m&#8217;a séduit: j&#8217;avais envie d&#8217;acheter la plupart des livres qui s&#8217;y offraient au regard du visiteur! Ce sont tous des titres intéressants et originaux; en outre, ce sont des livres de présentation élégante, soignée.</p>
<p>Ce stand était celui des <a href="http://www.editions-anacharsis.com">Editions Anacharsis</a>, un éditeur toulousain qui n&#8217;a même pas son propre site Internet, mais un espace sur un site dédié à l&#8217;édition indépendante. Les Editions Anacharsis ont &laquo;&nbsp;pour vocation de publier des ouvrages qui rendent compte des rencontres entre cultures&nbsp;&raquo;. A leur catalogue, vous trouverez des romans, chroniques et récits médiévaux, mais aussi des relations de voyage coloniales, des sagas islandaises, quelques ouvrages de fiction et essais d&#8217;anthropologie, et une poignée de livres variés. A leur catalogue 2011, près de 65 ouvrages, dont chaque couverture est une réussite et la typographie un plaisir pour l&#8217;œil du lecteur.</p>
<p><img style="float: right;" title="2011_05_geniale_imposture.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/05/2011_05_geniale_imposture.jpg" border="5" alt="2011 05 geniale imposture" width="186" height="298" /></p>
<p>Sans doute une trentaine de titres étaient-ils proposés sur le stand. Je ne pouvais tous les acquérir! Que choisir, pour cette première incursion dans le monde des Editions Anacharsis? J&#8217;ai résisté — mais ce n&#8217;est que provisoirement! — à la traduction de la <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2914777191/ref=as_li_tf_tl?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=291477719">Chronique de Nestor</a></em>, la plus ancienne histoire de la Russie que l&#8217;on connaisse, et à <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2914777183/ref=as_li_tf_tl?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2914777183">Thessalonique: chroniques d&#8217;une ville prise</a></em>, rassemblant des récits des trois prises de cette ville (904, 1185 et 1430).  J&#8217;ai réservé pour plus tard les sagas qui attiraient aussi ma convoitise, et plusieurs autres volumes. J&#8217;ai finalement choisi le livre de Joao Bermudes publié sous le titre <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2914777620/ref=as_li_tf_tl?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2914777620">Ma géniale imposture: Patriarche du Prêtre Jean</a></em> (introduction de Hervé Pennec, traduction par Sandra Rodrigues de Oliveira, 2010), qui entraîne le lecteur dans l&#8217;Ethiopie du XVIe siècle, et l&#8217;essai d&#8217;Eric Chauvier, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2914777736/ref=as_li_tf_tl?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2914777736">Anthropologie de l&#8217;ordinaire: une conversion du regard</a></em> (2011).</p>
<p>Quant à ma &laquo;&nbsp;mention spéciale&nbsp;&raquo;, elle va à un éditeur d&#8217;un tout autre genre, pour son labeur solitaire au service d&#8217;un message qui l&#8217;a touché: un éditeur qui fait tout, jusqu&#8217;à l&#8217;impression des livres et à leur reliure — et il en a déjà produit trente-cinq, que vous ne trouverez pas dans les rayons des librairies. Mon attention a été attirée par ce stand non à cause d&#8217;une élégance des couvertures, comme pour l&#8217;éditeur précédent, mais parce qu&#8217;il semblait consacré entièrement à un auteur et que celui-ci était manifestement à l&#8217;origine d&#8217;un message spirituel. J&#8217;ai donc abordé le responsable du stand, qui s&#8217;est révélé être l&#8217;éditeur lui-même.</p>
<p>Il se nomme <a href="http://www.christianpiaget.ch/">Christian Piaget</a> et réside à L&#8217;Auberson, village du Jura vaudois, non loin de la frontière française. En 1989, m&#8217;a-t-il raconté, il a découvert les enseignements de Shuddhananda Bharati (1897-1990), un sage indien qu&#8217;il n&#8217;a jamais eu l&#8217;occasion de rencontrer, puisqu&#8217;il est décédé peu après. A l&#8217;enseigne des <a href="http://www.christianpiaget.ch/ShopFactory/Runtime/contents/en-uk/d1.html">Editions Assa</a> et S. Ram Bharati Editions, il publie en français et en anglais des livres de cet auteur. Je me suis procuré le volume intitulé <em>Notre Religion</em> (2010) et ai reçu en cadeau de Christian Piaget, lorsqu&#8217;il a appris quels étaient mes intérêts de chercheur, <em>Experiences of a Pilgrim Soul </em>(2008), des notes autobiographiques de Shuddhananda Bharati, publiées à l&#8217;origine en 1964 et préfacées par nul autre que le célèbre Swami Sivananda(1887-1963). Je n&#8217;ai pas encore lu ces ouvrages et ne vais donc pas les évoquer, ni la vie de Shuddhananda Bharati, même s&#8217;il y aura sans doute lieu de le faire un jour, car son parcours ne manque pas d&#8217;intérêt.</p>
<p><img style="float: right;" title="2011_05_Bharati.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/05/2011_05_Bharati.jpg" border="5" alt="2011 05 Bharati" width="203" height="290" /></p>
<p>Mener seul une telle entreprise d&#8217;édition, pour quelqu&#8217;un qui ne vient pas du monde du livre ou des métiers de l&#8217;imprimerie, avec pour unique motivation l&#8217;inspiration trouvée dans un message, n&#8217;est pas chose courante. C&#8217;est pour illustrer de telles démarches que je signale cette initiative.</p>
<p>Mais je ne me suis pas limité à ces deux stands: j&#8217;ai arpenté dans tous les sens les allées du salon, y rencontrant comme chaque fois de nombreux amis et connaissances, m&#8217;arrêtant avec certains au coin d&#8217;un stand ou autour d&#8217;un verre, évoquant mes découvertes ou l&#8217;avenir du livre. Car c&#8217;est pour repérer des titres et rencontrer des personnes que l&#8217;on apprécie — notamment les éditeurs, qui prennent souvent des risques financiers par passion des livres — que l&#8217;on visite aussi un tel salon. Il paraît qu&#8217;il y a des personnes qui y viennent pour y faire provision de livres, par exemple des gens qui sont éloignés géographiquement de librairies: une professionnelle du livre, avec laquelle j&#8217;ai bavardé, m&#8217;a raconté rencontrer chaque année une personne venant d&#8217;une ville de la Suisse alémanique, où il n&#8217;y a plus de librairie francophone, et qui passe pas moins de trois journées au Salon afin d&#8217;y faire des provisions littéraires pour toute une année. Il est beau de savoir qu&#8217;il existe de tels lecteurs, plus nombreux qu&#8217;on ne l&#8217;imagine.</p>
<p>Parmi les titres récents découverts au Salon du livre de Genève, je signale le livre de Kaj Noschis, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2880749093/ref=as_li_tf_tl?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2880749093">Monte Verità: Ascona et le génie du lieu</a></em> (2011), publié dans la remarquable collection <em><a href="http://www.lesavoirsuisse.ch/">Le savoir suisse</a></em>, présidée par Bertil Galland aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (Lausanne). Au XXe siècle, le Monte Verità, dans le canton du Tessin (région méridionale et italophone de la Suisse), a été un extraordinaire laboratoire d&#8217;idées sociales, artistiques et spirituelles, attirant des figures originales ou brillantes. Je possédais dans ma bibliothèque plusieurs ouvrages bien documentés en allemand sur ce haut lieu, mais je crois que le petit volume très lisible et bien informé de Kaj Noschis est le premier à offrir une synthèse en français.</p>
<p>Pays hôte d&#8217;honneur, l&#8217;Arménie avait aménagé un grand stand. Je ne l&#8217;ai pas exploré entièrement, ni dégusté les spécialités culinaires qui y étaient proposées, mais j&#8217;ai été intrigué par un livre, que j&#8217;ai acheté aussitôt: Joël Gourdon, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2352166233/ref=as_li_tf_tl?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2352166233">Léon, le dernier roi d&#8217;Arménie</a> </em>(Aix-en-Provence, Ed. Persée, 2009). Sous la plume d&#8217;un agrégé d&#8217;histoire, ce volume raconte la vie de Léon V de Lusignan,&nbsp;&raquo;dernier et éphémère roi d&#8217;Arménie (1374-1375)&nbsp;&raquo;, qui repose — je l&#8217;ignorais — parmi les rois et reines de France dans la basilique Saint-Denis. Issu d&#8217;une de ces dynasties chrétiennes d&#8217;Orient créées par les Croisades, il régna en fait non sur l&#8217;Arménie actuelle, mais sur la Petite Arménie, autrement dit la Cilicie, sur la côte sud-est de l&#8217;actuelle Turquie.</p>
<p><img style="float: right;" title="2011_05_meteo_magazine.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/05/2011_05_meteo_magazine.jpg" border="5" alt="2011 05 meteo magazine" width="207" height="286" /></p>
<p>J&#8217;ai découvert aussi une revue, <em><a href="http://www.meteo-magazine.com">Meteo Magazine</a></em>. Non, je n&#8217;ai pas un intérêt prononcé pour la météorologie: mais je me suis demandé ce que pouvait bien être un stand consacré uniquement à une revue sur ce sujet? Le responsable Robert Bolognesi, également directeur de la publication et nivologue, a aimablement répondu à mes questions.</p>
<p>A l&#8217;origine de <em>Meteo Magazine</em> se trouve un bureau d&#8217;études météorologiques privé, fondé en 1999, <a href="http://www.meteorisk.com/">Meteorisk</a>. Le désir est venu de partager les connaissances dans le domaine météorologique avec un public plus large. C&#8217;est ainsi qu&#8217;a été lancé en 2007 <em>Meteo Magazine</em>, publié à un rythme semestriel, chaque fois autour d&#8217;un thème. Le dernier numéro (N° 7) prend ainsi pour thème &laquo;&nbsp;La neige&nbsp;&raquo;. Présentation élégante, typographie aérée, bonne lisibilité des textes.</p>
<p>Un stand très dépouillé, mais au <em>design</em> futuriste, m&#8217;a permis de m&#8217;informer sur une initiative dont je n&#8217;avais jamais encore entendu parler, mais qui mérite d&#8217;être saluée: la Maison de l&#8217;écriture, en cours de construction à Montricher, en pleine campagne du Pays de Vaud, dans un lieu-dit dont le nom est suffisamment évocateur: En Bois-Désert.</p>
<p>Cette maison est une initiative de la <a href="http://www.fondation-janmichalski.com">Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature</a>, créée en 2004 à l&#8217;initiative de la veuve de Jan Michalski. Le couple avait fondé les <a href="http://www.libella.fr/noirsurblanc/accueil/">Editions Noir sur Blanc</a>, sises également à Montricher, qui ont un beau catalogue et publient des ouvrages de qualité. La Maison de l&#8217;écriture offrira, dès le printemps 2012, des résidences pour écrivains, pour une période de trois à douze mois, afin de leur permettre de s&#8217;y consacrer pleinement à la création littéraire. Elle abritera également une bibliothèque de plus de 85.000 ouvrages, un auditorium et un espace d&#8217;exposition.</p>
<p>Enfin, lors d&#8217;un passage à un salon du livre, je ne puis manquer de m&#8217;intéresser aux groupes religieux présents. Souvent, j&#8217;y ai rencontré des maisons d&#8217;édition associées à de nouveaux mouvements religieux. Je ne les y ai guère vus cette fois-ci. Cette année, j&#8217;ai plutôt été frappé par la présence de plusieurs stands musulmans, par exemple celui de la Mosquée de Genève ou celui de l&#8217;Association culturelle des femmes musulmanes de Suisse. La présence de ces différentes associations témoigne manifestement d&#8217;une volonté de faire connaître l&#8217;islam et de dissiper des préjugés à ce sujet.</p>
<p><img style="float: right;" title="2011_05_connaitre_islam.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/05/2011_05_connaitre_islam.jpg" border="5" alt="2011 05 connaitre islam" width="400" height="292" /></p>
<p>Je me suis particulièrement intéressé au stand de l&#8217;association genevoise <a href="http://www.connaitre-islam.ch/">Connaître l&#8217;Islam</a>, qui entend présenter &laquo;&nbsp;l&#8217;authentique message&nbsp;&raquo;, aussi éloigné de &laquo;&nbsp;l&#8217;islam modéré&nbsp;&raquo; que d&#8217;Al Qaïda, m&#8217;a expliqué l&#8217;un des bénévoles accueillant les visiteurs. Les fondateurs de cette association sont de jeunes musulmans qui ont grandi en Suisse et qui entendent &laquo;&nbsp;présenter l’Islam à l’état pur, loin des clichés, des préjugés et des amalgames&nbsp;&raquo;, explique leur site, en s&#8217;appuyant sur les &laquo;&nbsp;sources originelles&nbsp;&raquo; de celui-ci. Une approche qui séduit aujourd&#8217;hui nombre de jeunes musulmans, en Occident et ailleurs, qui entendent ainsi échapper à des formes d&#8217;islam marquées par des contextes culturels particuliers en aspirant à revenir à la compréhension des <em>salaf</em> (anciens, pieux ancêtres), d&#8217;où l&#8217;étiquette de salafisme couramment accolée à ces démarches. Le stand distribuait en particulier des brochures en français provenant d&#8217;Arabie saoudite. Il convient de prêter attention à ces initiatives de jeunes musulmans qui viennent prendre place à côté de celles de générations précédentes, car leur dynamisme et leur discours bien articulé ne peuvent manquer, me semble-t-il, d&#8217;exercer un impact dans les années à venir, comme l&#8217;indiquent d&#8217;ailleurs d&#8217;autres développements dans le paysage musulman en Suisse — mais c&#8217;est un autre sujet, qui nous entraîne hors des murs du Salon du livre.</p>
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		<title>Pourquoi il faut lire le &#171;&#160;Bulletin des Lettres&#160;&#187;</title>
		<link>http://orbis.info/2011/02/pourquoi-il-faut-lire-le-bulletin-des-lettres/</link>
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		<pubDate>Fri, 18 Feb 2011 23:09:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[livres]]></category>
		<category><![CDATA[revues]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis huit décennies est publié à Lyon le 'Bulletin des lettres', une revue de critique littéraire entièrement indépendante, qui publiera en mars 2011 son 700ème numéro. Une bonne occasion pour présenter ce périodique qui offre aux lecteurs un guide sûr à travers le foisonnement des nouvelles publications.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img style="float: right;" title="2011_02_BL_3.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/02/2011_02_BL_31.jpg" border="5" alt="Le Bulletin des Lettres" width="148" height="223" /></p>
<p>Depuis 300 numéros, je suis abonné au <em>Bulletin des Lettres</em>! Plus précisément depuis le numéro 399, publié le 15 juin 1978. J&#8217;avais découvert cette &laquo;&nbsp;revue mensuelle de critique et d&#8217;information bibliographique&nbsp;&raquo;, comme l&#8217;annonçait son sous-titre de l&#8217;époque, alors que j&#8217;étais étudiant à Lyon.</p>
<p>J&#8217;y suis toujours resté fidèle. Et j&#8217;ai reçu cette semaine le numéro 699 (février 2011): le mois prochain, le <em>Bulletin des Lettres</em> publiera son numéro 700! Ce sera, souligne la rédaction, &laquo;&nbsp;celui de mars, le Mois des poètes, salué par une belle rubrique Poésie. C&#8217;est donc à l&#8217;aile légère (mais solide) de la poésie que nous confions nos destinées immédiates&nbsp;&raquo;, conclut l&#8217;éditorial du numéro 699.</p>
<p>700 numéros, dont 300 comme abonné&#8230; cela mérite bien un billet ici! Pour répondre à la question: pourquoi donc faut-il lire le <em>Bulletin des Lettres</em>?&#8230;</p>
<p><span id="more-228"></span></p>
<p>Le <em>Bulletin des Lettres</em> a été fondé en 1930. Il est publié à Lyon – une première caractéristique que j&#8217;apprécie, pas seulement parce que j&#8217;ai des liens avec cette ville, mais surtout parce que cela indique déjà une distance bienvenue par rapport au microcosme littéraire parisien. Durant de longues années, il fut édité à l&#8217;enseigne de la Librairie Lardanchet, dont je garde le souvenir du beau magasin lyonnais, à la rue Président Carnot. Hélas, la librairie finit par fermer. Un moment, l&#8217;on put craindre de la voir entraîner le <em>Bulletin</em> dans sa chute. Heureusement, il n&#8217;en fut rien. Et surtout, le <em>Bulletin</em> est parvenu à conserver son indépendance: il ne contient aucune publicité, il n&#8217;appartient à aucun groupe de presse; publié par l&#8217;association des Amis du Bulletin des Lettres, il est son propre éditeur et n&#8217;a de comptes à rendre à personne. Ses rédacteurs sont tous bénévoles. Voilà qui devrait suffire déjà à le signaler à l&#8217;attention.</p>
<p>Quand je l&#8217;ai découvert, en 1978, la structure du bulletin était assez semblable: des chroniques et articles dans les premières pages, puis une &laquo;&nbsp;revue des livres nouveaux&nbsp;&raquo;, dans des catégories thématiques. La présentation était sobre – je ne dirais pas sévère, car je ne me suis jamais senti intimidé. Même si cette présentation était restée la même aujourd&#8217;hui, je serais toujours abonné et le lirais avec le même plaisir. Mais la rédaction a consenti de grands efforts de modernisation de l&#8217;aspect du <em>Bulletin</em> et a atteint aujourd&#8217;hui un résultat convaincant.</p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="2010_02_BL_01.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/02/2010_02_BL_01.jpg" border="0" alt="2010 02 BL 01" width="570" height="423" /></p>
<p>La couverture du <em>Bulletin</em> était verte en 1978 déjà. Avec un titre en noir. Le ton vert le marque toujours, mais il se décline de façon plus douce, moins austère,  avec un bandeau vertical au fond gris, tandis que le titre joue sur une palette de couleurs et de caractères. Le sous-titre est simplement devenu: &laquo;&nbsp;Revue de critique littéraire&nbsp;&raquo;. La couleur a fait son apparition, créant un effet agréable au regard: depuis octobre 2010, la revue est en effet passée à la quadrichromie. Dans le numéro 699, la catégorie &laquo;&nbsp;Romans, récits, nouvelles&nbsp;&raquo; se décline en titres et sous-titres bleus; ils sont verts dans la catégorie &laquo;&nbsp;Souvenirs, témoignages&nbsp;&raquo;, et ainsi de suite.</p>
<p>Notons que chaque numéro fait aussi place à des livres dans le domaine religieux, raison supplémentaire d&#8217;apprécier le <em>Bulletin</em> pour ceux qui s&#8217;intéressent à ces sujets.</p>
<p>Si je lis toujours avec le même plaisir le <em>Bulletin des Lettres</em> depuis 300 numéros, ce n&#8217;est pas simplement par sympathie pour une revue lyonnaise et indépendante. La vraie raison de mon attachement à cette revue est la sûreté de jugement de ses rédacteurs. Comme nous tous, je n&#8217;ai le temps de lire qu&#8217;une infime partie de la production littéraire. Je lis surtout des ouvrages universitaires, nombre d&#8217;entre eux en anglais. A regret, je ne lis que peu de romans, par exemple. Cependant, grâce au <em>Bulletin des Lettres</em>, je puis non seulement me tenir au courant des livres récents, mais aussi repérer des titres qui mériteraient mon attention, ou des livres à offrir.</p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="2011_02_BL_02.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/02/2011_02_BL_02.jpg" border="0" alt="Revue des livres en 1978 et 2011" width="572" height="434" /></p>
<p>Les rédacteurs du <em>Bulletin des Lettres</em> ne prennent aucun plaisir à étriper des auteurs ou à régler des comptes: les critiques s&#8217;efforcent à des jugements équilibrés et s&#8217;attachent souvent à relever les aspects dignes d&#8217;attention dans un ouvrage. Je relève, dans le numéro 699, des conclusions nuancées telles que: &laquo;&nbsp;Lecture instructive, aidée par de nombreuses cartes, indispensables. L&#8217;ensemble est tout de même un peu massif&nbsp;&raquo;; ou encore: &laquo;&nbsp;Quelques fautes de langue, çà et là, n&#8217;ôtent rien au mérite de ce court roman, riche aussi d&#8217;heureuses formules.&nbsp;&raquo;</p>
<p>En même temps, ils n&#8217;hésitent pas à se montrer sévères quand un ouvrage le mérite. Toujours dans le même numéro: &laquo;&nbsp;Bref, je n&#8217;ai pas aimé, et c&#8217;est un euphémisme.&nbsp;&raquo;</p>
<p>En général, je sais que je puis faire confiance aux avis des rédacteurs du <em>Bulletin</em>: d&#8217;autant plus qu&#8217;ils ne cèdent guère aux modes du temps. Seule la qualité compte pour eux. En outre, certains d&#8217;entre eux sont chevronnés et leur expérience leur confère un jugement d&#8217;autant plus sûr: trois des auteurs de revues de livres dans le numéro 399 figurent toujours parmi les signataires de comptes rendus du numéro 699 (Pierre Bérard, Henri Hours et Bernard Plessy). Bel exemple de persévérance au service des lecteurs.</p>
<p>Si je compare le numéro 399 et le numéro 699, je parlerais d&#8217;un changement de forme (sans rupture, mais avec un souci d&#8217;amélioration et de conquête de nouveaux lecteurs) et d&#8217;une continuité sur le fond. Sans doute, en 1978, les convictions s&#8217;affichaient-elles parfois plus vivement: c&#8217;était une période (dix ans après 1968) durant laquelle les débats idéologiques marquaient plus l&#8217;environnement intellectuel; et les convictions des rédacteurs allaient clairement du côté de la tradition et non des révolutionnaires – tout en ne cédant jamais à la facilité d&#8217;absoudre des écrivains &laquo;&nbsp;amis&nbsp;&raquo;: l&#8217;on pouvait lire ainsi, dans le numéro 699, une sévère critique du dernier livre de l&#8217;écrivain catholique conservateur Michel de Saint-Pierre (&laquo;&nbsp;un malaise qui ne cesse de s&#8217;alourdir jusqu&#8217;à la dernière page&nbsp;&raquo;). Toujours cette même indépendance de jugement et ce refus de la complaisance, qui font que le <em>Bulletin</em> peut être recommandé à tout lecteur cultivé.</p>
<p>Le tout est servi par un style clair, l&#8217;absence de jargon, un respect de la langue française, ce qu&#8217;il faut de concision, et la solide culture des rédacteurs dans leurs domaines de prédilection.</p>
<p>Je resterai donc fidèle au <em>Bulletin des Lettres,</em> dont je conserve précieusement les 300 derniers numéros – et de nombreux autres à venir, j&#8217;ose l&#8217;espérer!</p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="2011_02_BL_03.jpg" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2011/02/2011_02_BL_03.jpg" border="0" alt="Chronique en 1978 et 2011" width="574" height="422" /></p>
<p>Mais il ne faut pas se cacher que le passage à la quadrichromie, tout en conservant un volume de 50 à 60 pages par numéro, avec des revues de plusieurs dizaines de livres, représente pour les Amis du Bulletin des Lettres une décision audacieuse. Il est indispensable que cette revue trouve ces prochains mois de nouveaux abonnés, afin que puisse se poursuivre une exploration littéraire qui dure depuis quatre-vingts ans.</p>
<p>Permettez-moi donc de vous encourager <strong>à vous abonner au </strong><em><strong>Bulletin des Lettres</strong></em>: l&#8217;abonnement annuel pour 10 numéros au riche contenu ne coûte que <strong>53 € en France, 55 € pour les autres pays</strong>. Il est possible aussi de conclure un abonnement de 33 € pour 6 numéros ou de 20 € pour 3 numéros, si vous préférez commencer par une période d&#8217;essai.</p>
<p>Veuillez envoyer l&#8217;abonnement muni du règlement (voir coordonnées bancaires plus bas) à:</p>
<p>Association des Amis du Bulletin des Lettres<br />
39-bis, rue de Marseille<br />
69007 Lyon</p>
<p><em>(Tous règlements à l&#8217;ordre de l&#8217;&nbsp;&raquo;Association des Amis du Bulletin des Lettres&nbsp;&raquo;)</em></p>
<p>Pour règlements bancaires: Crédit Lyonnais, Lyon, IBAN: FR72 3000 2010 0000 0079 1571 Q71; BIC: CRLYFRPP.</p>
<p>Site du <em>Bulletin des Lettres</em> (mais pas mis à jour récemment: les tarifs d&#8217;abonnement y étaient périmés à la date à laquelle ce billet a été rédigé): <a href="http://www.bulletindeslettres.asso.fr/">http://www.bulletindeslettres.asso.fr</a>/</p>
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		<title>Comment un ouvrage du XVIIIème siècle a transformé notre perception des religions: les &#171;&#160;Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde&#160;&#187;</title>
		<link>http://orbis.info/2010/09/comment-un-ouvrage-du-xviiieme-siecle-a-transforme-notre-perception-des-religions-les-ceremonies-et-coutumes-religieuses-de-tous-les-peuples-du-monde/</link>
		<comments>http://orbis.info/2010/09/comment-un-ouvrage-du-xviiieme-siecle-a-transforme-notre-perception-des-religions-les-ceremonies-et-coutumes-religieuses-de-tous-les-peuples-du-monde/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 19 Sep 2010 19:55:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire des religions]]></category>
		<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[gravures]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[religions]]></category>

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		<description><![CDATA[Fruit des recherches de trois universitaires, un passionnant livre met en lumière l'influence d'une oeuvre du XVIIIème siècle, les "Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde", de Picart et Bernard. Ou le début de l'étude comparée des religions, dans la genèse des Lumières.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>﻿Il y a une dizaine d&#8217;années, j&#8217;avais découvert, au hasard d&#8217;achats de gravures, quelques illustrations provenant des <em>Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde représentées par des figures dessinées de la main de Bernard Picart</em>, volumes publiés à Amsterdam à partir de 1723. J&#8217;avais été d&#8217;emblée séduit par la qualité de ces gravures: depuis, j&#8217;en ai acheté plusieurs, fait encadrer quelques-unes, offert d&#8217;autres. À l&#8217;entrée de mon logement, l&#8217;on peut voir sur un mur une procession de la Fête-Dieu, sur l&#8217;autre un baptême et des funérailles russes — la première plus exacte que la seconde: Picart avait pu voir des processions de la Fête-Dieu, mais sans doute jamais des cérémonies orthodoxes russes. Les représentations de Picart ne se limitent pas aux formes religieuses du monde chrétien: les cultures les plus exotiques se trouvent aussi dans sa galerie.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_bapteme_russe.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-165" title="Picart_bapteme_russe" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_bapteme_russe.jpg" alt="Le baptême des russes - gravure de Picart" width="568" height="431" /></a></p>
<p>De Picart, je savais simplement qu&#8217;il était un protestant français réfugié aux Pays-Bas. J&#8217;avais deviné aussi que l&#8217;influence de ses représentations avait été large: en effet, au milieu du XIXe siècle, des ouvrages sur les religions continuaient de copier Picart. Mais je n&#8217;avais pas conscience de l&#8217;importance de l&#8217;œuvre de Picart dans l&#8217;histoire des idées en Europe.</p>
<p><span id="more-163"></span></p>
<p>Je la découvre ces jours grâce à un livre passionnant, rédigé par deux historiennes américaines et un historien néerlandais: Lynn Hunt, Margaret C. Jacob et Wijnand Mijnhardt, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0674049284?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=0674049284">The Book That Changed Europe: Picart &amp; Bernard&#8217;s &#8216;Religious Ceremonies of the World&#8217;</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=0674049284" border="0" alt="" width="1" height="1" />, </em>Cambridge (Massachusetts) / Londres, Belknap Press (Harvard University Press), 2010. Notons au passage le titre: Picart et Bernard, car ces livres furent le fruit d&#8217;un effort commun, même si le nom de Picart fut mis en avant comme auteur, tandis que Bernard figurait simplement comme éditeur.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_book.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-167" title="Picart_book" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_book.jpg" alt="Book about Picart's and Bernard's 'Religious Ceremonies of the World'" width="276" height="421" /></a>Dès l&#8217;introduction, les enjeux de la publication de Picart et Bernard sont mis en évidence: à travers leur ouvrage, pour la première fois, les différentes religions du monde étaient présentées sur pied d&#8217;égalité, en quelque sorte: ces volumes ouvraient la voie au comparatisme religieux. En outre, leur démarche s&#8217;inscrivait dans le mouvement qui conduisait aux « Lumières »: loin d&#8217;être des protestants de stricte orthodoxie, Picart et Bernard inclinaient plutôt à des positions proches, à certains égards, de libres penseurs : leur entreprise débouche sur le déisme plus que sur un attachement à une tradition religieuse. Leur entreprise était bien sûr marquée par leurs orientations intellectuelles. Le livre <em>Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde</em> « semait l&#8217;idée radicale que toutes les religions étaient également dignes de respect — et de critique. […] Ce panorama global des pratiques religieuses désagrégeait et délimitait de fait le sacré, le rendant spécifique à une époque, à un lieu et à des institutions. » (pp. 1-2) Les similitudes entre rituels à travers l’espace et le temps créaient une catégorie de « religion » : « Implicitement, les images transformaient la religion, d’une question de foi révélée à certains peuples de Dieu (les juifs, les catholiques, et ensuite les protestants), en un sujet de pratiques sociales comparées. » (p. 157)</p>
<p>La démarche était nourrie, notent les trois auteurs, par les tentatives de protestants du XVIIe siècle de trouver dans les pratiques « idolâtres » d&#8217;autres religions des parallèles avec celles du catholicisme. L&#8217;approche de Picart et Bernard rompait cependant avec un projet apologétique visant à démontrer la vérité d&#8217;une religion.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Mexicains1.jpg"><img class="size-full wp-image-171 aligncenter" title="Picart_Mexicains" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Mexicains1.jpg" alt="Réjouissance des Mexicains pour le début d'un nouveau siècle - gravure de Picart" width="550" height="441" /></a>Bernard Picart (1673-1733) était un catholique français passé au protestantisme, après avoir déjà eu une carrière de graveur estimé derrière lui, sur les traces de son père qui pratiquait le même art. Il partit s&#8217;installer aux Pays-Bas à la fin de 1709 ou au début de l&#8217;année suivante. Jean Frédéric Bernard (1680-1752), pour sa part, était protestant de naissance, fils de pasteur, dont la famille n&#8217;avait eu d&#8217;autre choix que de quitter la France en 1685, après la révocation de l&#8217;Édit de Nantes, et s&#8217;installa l&#8217;année suivante à Amsterdam, après un intermède genevois. Ce furent 50.000 à 70.000 protestants français qui choisirent l&#8217;exil aux Pays-Bas, où ils rejoignaient des immigrants d&#8217;autres pays européens et de confessions variées.</p>
<p>Les gravures de Picart firent la réputation de ces volumes. Mais l’auteur des textes était Bernard. À travers cette publication (et d’autres, puisqu’il était éditeur) ainsi que par les idées qu’il développa dans ses écrits, Bernard mérite, de l’avis des nos trois chercheurs, de compter au nombre des figures fondatrices des Lumières (pp. 127-128).</p>
<p>L’on découvre au passage que la plupart des livres de Rousseau furent publiés à Amsterdam par Marc Michel Rey, gendre de Bernard, et que la fille de Bernard entretenait avec Rousseau une correspondance soutenue. Et l’on peut s’interroger sur l’influence des <em>Cérémonies et coutumes religieuses</em> sur un texte tel que la « Profession de foi du vicaire savoyard », estiment les auteurs (p. 133).</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Quakers.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-172" title="Picart_Quakers" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_Quakers.jpg" alt="Réunion de quakers à Amsterdam - gravure de Picart" width="516" height="385" /></a>Le livre de nos trois chercheurs est une bonne occasion de découvrir le dynamique environnement des Pays-Bas de l&#8217;époque, où régnait pour les éditeurs une liberté généralement plus grande qu&#8217;ailleurs, même si elle n&#8217;était pas illimitée. De 1650 à 1725, les Pays-Bas produisirent près de la moitié de tous les livres publiés en Europe: l&#8217;édition devint un produit d&#8217;exportation important pour les Pays-Bas (p. 86). Nombre de ces livres étaient destinés au public français et passaient plus ou moins aisément la frontière, malgré la vigilance des autorités françaises. L&#8217;on découvre aussi que le respect du <em>copyright </em>n&#8217;était guère répandu: ainsi, Bernard republiait allègrement des livres sans permission, et les autorités néerlandaises refusèrent jusqu&#8217;en 1795 de réprimer la réédition illégale de livres publiés à l&#8217;étranger — seuls étaient protégés jouissant d&#8217;une protection locale (pp. 98-99).</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_messe_morts.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-173" title="Picart_messe_morts" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_messe_morts.jpg" alt="" width="581" height="451" /></a>Si Picart, comme je l’ai rappelé plus haut, avait pu voir les cérémonies catholiques auxquelles il avait participé en France avant son passage adulte au protestantisme, et s&#8217;il pouvait assister aux Pays-Bas aux cérémonies de juifs portugais et à celles de différentes branches du christianisme issu de la Réforme, il ne voyagea jamais hors de l&#8217;Europe et n&#8217;eut donc jamais l&#8217;occasion d&#8217;observer les pratiques religieuses d&#8217;autres continents. Pour représenter celles-ci, il utilisa les récits de voyage, dont la production ne cessait d&#8217;augmenter sur le marché du livre européen: 456 au XVIe siècle, 1.566 au XVIIe siècle, 3.540 au XVIIIe siècle (p. 5). Picart se chargeait entièrement lui-même de la production de certaines gravures, il en supervisait d&#8217;autres. Il accorda une attention particulière à celle de certaines coutumes juives, auxquelles il obtint d&#8217;accéder après de longs efforts pour surmonter l&#8217;initiale méfiance de ses interlocuteurs. Le livre évite entièrement tout aspect de polémique ou caricature antijuive, tant dans les illustrations que dans le texte.</p>
<p>Pour la représentation de cérémonies catholiques romaines, Picart recourut beaucoup à des représentations figurant des des ouvrages catholiques, notamment dans des éditions du <em>Pontifical</em>, qu&#8217;il reproduisit avec grand soin — et dans toute la pompe de ces célébrations, non sans une arrière-pensée, puisque cela permettait de faire d&#8217;autant mieux contraster cette splendeur avec la simplicité des cérémonies protestantes, et de suggérer la similarité entre le catholicisme romain et des cérémonies païennes. Cependant, indépendamment de ces aspects, l&#8217;intérêt du travail de Picart est qu&#8217;il ne tente jamais de caricaturer, mais bien de représenter aussi fidèlement que possible.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_emir.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-174" title="Picart_emir" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_emir.jpg" alt="Un émir des musulmans vu par Picart" width="540" height="807" /></a>Les cultures non chrétiennes ne sont pas représentées de façon dépréciative. Un volume entier est consacré à l’islam, pour lequel Picart et Bernard s’efforcent de s’appuyer sur les meilleures sources disponibles et d’en faire la synthèse. (Picart semble avoir été particulièrement fasciné par les derviches, à en juger par le soin personnellement accordé à la préparation de ces gravures.)</p>
<p>Le livre connut un réel succès, également en France. Au point que, quand il se trouva mis à l&#8217;index, deux prêtres français en publièrent une édition expurgée — mais en conservant ces gravures qui continuent d&#8217;exercer un attrait jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, comme en témoigne mon propre goût pour celle-ci alors même que j&#8217;ignorais tout de leur importance dans l&#8217;histoire de l&#8217;étude des religions.</p>
<p>À vrai dire, je ne suis pas le seul: Hunt, Jacob et Mijnhardt remarquent que, malgré son durable succès démontré par plusieurs rééditions et traductions (notamment en anglais – rééditions et traductions souvent accompagnées de transformations du texte), jusqu’en 1841, les ouvrages de référence sur les religions comparées ont largement ignoré l’apport de Picart et Bernard. Il est vrai que ceux-ci n’avaient pas pour ambition de fonder une nouvelle discipline (pp. 308-309). Le livre présenté ici, qui se lit très agréablement, contribuera certainement à rendre manifeste leur contribution.</p>
<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_guinee.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-175" title="Picart_guinee" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/09/Picart_guinee.jpg" alt="Salutation matinale en Guinée - gravure de Picart" width="437" height="672" /></a></p>
<p>Lynn Hunt, Margaret C. Jacob et Wijnand Mijnhardt, <em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0674049284?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=0674049284">The Book That Changed Europe: Picart &amp; Bernard&#8217;s &#8216;Religious Ceremonies of the World&#8217;</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=0674049284" border="0" alt="" width="1" height="1" /></em>, Cambridge (Massachusetts) / Londres, Belknap Press (Harvard University Press), 2010, XII + 384 p.</p>
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			<wfw:commentRss>http://orbis.info/2010/09/comment-un-ouvrage-du-xviiieme-siecle-a-transforme-notre-perception-des-religions-les-ceremonies-et-coutumes-religieuses-de-tous-les-peuples-du-monde/feed/</wfw:commentRss>
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		<title>Le bibliomane dans tous ses états</title>
		<link>http://orbis.info/2010/08/le-bibliomane-dans-tous-ses-etats/</link>
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		<pubDate>Sat, 07 Aug 2010 16:29:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu'il est difficile aux bibliophiles et bibliomanes de faire comprendre le plaisir que leur donnent les livres à ceux qui y restent insensibles! Comment leur dire, par exemple, avec quel contentement j'ai préparé ce billet, parce que je l'écrivais au milieu de livres tapissant jusqu'au plafond les quatre murs de la pièce, à côté d'autres chambres également remplies de livres, jusque sur le plancher… Mais non, je ne suis pas bibliomane fou: simplement amoureux des livres…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/08/IMG_0329.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-146" title="Bibliothèque" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/08/IMG_0329-300x225.jpg" alt="Livres sur les rayons d'une bibliothèque" width="300" height="225" /></a>L&#8217;amour des livres est-il une addiction? Je ne parle pas simplement du livre de collection, du tirage sur beau papier, mais du livre en général. Depuis mon enfance, il me paraît naturel de soigner mes livres, même un livre de poche; je suis horrifié de voir comment certains lecteurs traitent leurs livres. Certes, ce qui m&#8217;intéresse est le contenu. Mais le support matériel de ces compagnons que deviennent les livres mérite le respect. Serais-je donc bibliomane?</p>
<p>Je me suis interrogé sur la définition du mot, grâce aux précieuses ressources que nous offre, dans sa section &laquo;&nbsp;Lexicographie&nbsp;&raquo;, le <a href="http://www.cnrtl.fr/definition/" target="_blank">Centre national de ressources textuelles et lexicales</a>. Surprise: la définition évolue d&#8217;une édition à l&#8217;autre du <em>Dictionnaire de l&#8217;Académie française</em>! Dans la 4<sup>e</sup> édition de celui-ci (1762), la bibliomanie est définie comme la &laquo;&nbsp;passion d&#8217;avoir des livres&nbsp;&raquo;. Dans la 8<sup>e</sup> édition (1932-1935), c&#8217;est la &laquo;&nbsp;manie d&#8217;avoir des livres précieux et rares&nbsp;&raquo;. La 9<sup>e</sup> édition (en cours depuis 1992, et <a href="http://atilf.atilf.fr/academie9.htm" target="_blank">en ligne</a>) semble choisir la prudence et laisser à chaque lecteur le soin de tirer ses propres conclusions: &laquo;&nbsp;XVII <sup>e</sup> siècle. Composé de <em>biblio- </em>et de <em>-manie, </em>tiré du grec <em>mania, </em>«folie». Passion du bibliomane.&nbsp;&raquo; Mais le bibliomane (qui se trouve simplement &laquo;&nbsp;atteint de bibliomanie&nbsp;&raquo; dans des éditions antérieures, maladie plutôt inoffensive) a droit à un jugement sévère: &laquo;&nbsp;XVII<sup>e</sup> siècle. Dérivé de <em>bibliomanie.</em> Personne qui a la passion des livres, notamment des livres rares et précieux, moins pour les lire que pour les posséder.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Plusieurs autres dictionnaires poussent encore plus loin et soupçonnent le bibliomane de souffrir d&#8217;un sérieux dérangement: &laquo;&nbsp;Passion excessive des livres&nbsp;&raquo; (Littré); &laquo;&nbsp;Qui a une passion maniaque pour les livres&nbsp;&raquo; (Mediadico). Publié en 1995 chez Henry Holt and Company, un épais ouvrage de plus de 600 pages, que je n&#8217;ai pas eu l&#8217;occasion de lire, écrit par Nicholas A. Basbanes et consacré aux bibliophiles et bibliomanes, était intitulé <a href="http://www.amazon.com/gp/product/0805036539?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-20&amp;linkCode=as2&amp;camp=1789&amp;creative=9325&amp;creativeASIN=0805036539"><em>A Gentle Madness</em></a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.com/e/ir?t=religioscope-20&amp;l=as2&amp;o=1&amp;a=0805036539" border="0" alt="" width="1" height="1" />, &laquo;&nbsp;une douce folie&nbsp;&raquo;&#8230;</p>
<p><span id="more-144"></span></p>
<p>J&#8217;ai découvert aussi ce que Diderot écrivait du bibliomane: &laquo;&nbsp;C’est un homme possédé de la fureur des livres. […] Un <em>bibliomane</em> n’est donc pas un homme qui se procure des livres pour s’instruire : il est bien éloigné d’une telle pensée, lui qui ne les lit pas seulement. Il a des livres pour les avoir, pour en repaître sa vue; toute sa science se borne à connaître s’ils sont de la bonne édition, s’ils sont bien reliés; pour les choses qu’ils contiennent, c’est un mystère auquel il ne prétend pas être initié, cela est bon pour ceux qui auront du temps à perdre. Cette possession qu’on appelle <em>bibliomanie</em> est souvent aussi dispendieuse que l&#8217;ambition et la volupté.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Au vu de ces définitions, je consens à être bibliomane au sens de l&#8217;édition de 1762 du <em>Dictionnaire de l&#8217;Académie</em>, mais je refuse énergiquement que me soit appliqué ce terme tel qu&#8217;il est défini ailleurs. Certes, bien que gros lecteur, j&#8217;achète plus de livres que je ne réussis à en lire, j&#8217;ai plus d&#8217;une pièce remplie de livres en attente, mais avec la ferme intention de lire un jour chacun d&#8217;entre eux. Même si je me sens parfois pris d&#8217;un petit vertige, face aux centaines de volumes non encore lus garnissant des parois et aux piles de ceux qui m&#8217;arrivent chaque semaine, en me demandant par lequel commencer… Au moins, si je me retrouve un jour dans l&#8217;impossibilité d&#8217;acheter des livres, j&#8217;ai des réserves pour survivre longtemps!</p>
<p>Mon équilibre mental et mon sain amour du livre étant ainsi démontrés, poussons notre exploration plus avant.</p>
<p>Il faut reconnaître que l&#8217;amour des livres prend des formes variées, et parfois insolites. J&#8217;en ai rassemblé plusieurs exemples dans mes dossiers (car, oui, à côté des livres, j&#8217;ai constitué des centaines de dossiers et cartons de documentation). Ainsi, dans le carnet nécrologique du <em>Monde</em> du 14 janvier 1994, j&#8217;avais repéré l&#8217;annonce du décès d&#8217;un inconnu, M. Marius Petit, &laquo;&nbsp;survenu le 31 décembre 1993, dans sa quatre-vingt-cinquième année&nbsp;&raquo; à Les Eyzies-de-Tayac (Dordogne). Le texte précisait: &laquo;&nbsp;ses cendres, selon sa volonté, reposent dans sa bibliothèque&nbsp;&raquo;. Voilà un bibliomane que j&#8217;aurais sans doute eu plaisir à connaître!</p>
<p>D&#8217;autres semblent tiraillés entre l&#8217;amour du livre et des considérations utilitaires. Dans le <em>Journal de Genève</em> du 30 mars 1995, une petite annonce ainsi formulée avait retenu mon attention: &laquo;&nbsp;Je lègue à ma mort ma bibliothèque (3 000 livres en 25 langues, valeur Fr. 250 000 à 300 000 environ) contre un DOCTORAT HONORIS CAUSA d&#8217;une université d&#8217;Etat suisse. Autre prestation possible!&nbsp;&raquo; Voilà un anonyme amateur de livres (?) — et un peu naïf quant au marchandage de titres universitaires! — que je n&#8217;aurais pas vraiment désiré rencontrer. Même si je me suis toujours demandé comment l&#8217;on pouvait bien en arriver à posséder des livres en 25 langues: les lisait-il vraiment?</p>
<p>Il y a quelques années, Jost Auf der Maur avait présenté dans un article quelques cas de bibliomanie (<a href="http://www.nzz.ch/nachrichten/panorama/articlee5eub_1.35633.html?video=1.5451021" target="_blank">&laquo;&nbsp;Das Buch, es atmet, es lebt&nbsp;&raquo;</a>, <em>NZZ am Sonntag</em>, 28 mai 2006).</p>
<p>Il y évoquait la bibliomanie comme &laquo;&nbsp;un feu sauvage, indomptable&nbsp;&raquo;, que ne peuvent mesurer ceux qui ont simplement du plaisir à lire. L&#8217;attraction irrésistible à posséder le livre convoité ferait perdre toute mesure, toute raison — la plus dangereuse de toutes les passions, prétendait Auf der Maur, s&#8217;empressant de l&#8217;illustrer par quelques exemples. Celui qui m&#8217;avait le plus impressionné était celui de ce prospère entrepreneur de la région de Saint-Gall, dont les moyens avaient sensiblement diminué à l&#8217;âge de la retraite; il dut choisir entre le déménagement vers un logement moins vaste avec son épouse pour y couler des jours paisibles ou un changement complet de son mode de vie pour &laquo;&nbsp;sauver&nbsp;&raquo; sa bibliothèque de 60 000 volumes. Bien entendu, notre homme choisit les livres. Il abandonna son épouse, loua un entrepôt non chauffé dans la Principauté du Liechtenstein et ne s&#8217;y consacra plus qu&#8217;à ses livres, avec un mobilier réduit au minimum. Cependant, ses ressources finirent par s&#8217;épuiser, au point de ne plus réussir à payer son loyer. Le propriétaire de l&#8217;entrepôt commença à faire chaque mois une discrète incursion et à apposer chaque fois un signe sur un rayonnage, en échange du loyer impayé. Ce qui ne perturba tout d&#8217;abord pas le bibliomane, explique Auf der Maur, puisque ses livres étaient toujours là. Mais le jour où l&#8217;entrepôt fut vidé de ses livres tandis que leur ancien propriétaire était transporté dans un foyer, notre malheureux bibliomane sombra aussitôt dans un état de démence. Je frissonne chaque fois que je relis cette terrible histoire…</p>
<p>Curieusement, la bibliophilie ou bibliomanie semble être la plupart du temps être une passion masculine, notait Laurence Benaïm dans un bon article sur les bibliophiles qu&#8217;avait publié l&#8217;hebdomadaire français <em>L&#8217;Express</em> (17 janvier 1986). Elle y relatait plusieurs histoires d&#8217;amateurs de beaux livres qui les conservaient dans des pièces accessibles à eux seuls, tandis que leur épouse se consumait d&#8217;une rage sourde. Et de citer François Chapon, alors rédacteur en chef du <em>Bulletin du bibliophile</em>: &laquo;&nbsp;On a vu des veuves folles de rage qui, pour exorciser le mal du défunt. Arrachaient sauvagement les ex-libris.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Sans avoir été témoin de tels excès (heureusement!), je ne compte plus les érudits ou chercheurs que j&#8217;ai rencontrés et qui confessent se trouver en permanente négociation avec leur épouse pour obtenir l&#8217;installation de nouveaux rayonnages ou avoir le droit d&#8217;augmenter comme ils le voudraient la taille de leur bibliothèque. Bibliomanes et bibliophiles, vous êtes avertis: dans l&#8217;intérêt de vos livres, restez célibataires!</p>
<p>Observateurs privilégiés de cette partie de l&#8217;humanité qui a la passion du livre, les libraires d&#8217;ancien peuvent tous raconter des histoires de ce genre. Quand j&#8217;étais étudiant à Lyon, il y a plus de trente ans, j&#8217;avais eu le plaisir de nouer une amicale relation avec Perlette Chartier, libraire d&#8217;ancien et d&#8217;occasion avec une très longue expérience, puisqu&#8217;elle était entrée dans le métier en 1936. J&#8217;ai sous les yeux, avec sa chaleureuse dédicace, ses souvenirs, <em>Jadis libraire, rue du Bât-d&#8217;Argent</em> (Lyon, 1984). C&#8217;est un plaisir de découvrir les innombrables anecdotes, souvent drôles ou émouvantes, que contiennent ces 200 pages. Dans le registre des veuves vengeresses, je retiens le cas de cette femme à laquelle Madame Chartier acheta une &laquo;&nbsp;très belle bibliothèque littéraire&nbsp;&raquo;, mais qui possédait aussi &laquo;&nbsp;un ensemble considérable de livres de chasse&nbsp;&raquo;, propriété de son défunt mari, ensemble &laquo;&nbsp;destiné à périr dans la grande cheminée&nbsp;&raquo;.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Je vis de mes yeux flamber des merveilles. Ce fut un supplice.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Inflexible, drapée dans sa haine, la propriétaire demeura insensible à mes prières.</p>
<p>&laquo;&nbsp;— Mon mari m&#8217;a laissée seule pendant trop de week-ends. Il aimait la chasse plus que tout, ses livres plus que moi. Il vient de mourir. Je tiens ma vengeance: ils brûleront tous. On pourrait m&#8217;en offrir des fortunes, rien ne pourrait me donner un plaisir équivalent à celui de les détruire!&nbsp;&raquo; (p. 81)</p>
<p>Un autre libraire qui écrivit ses souvenirs et dont j&#8217;étais client, Marcel Thourel, raconte qu&#8217;un cas &laquo;&nbsp;assez fréquent&nbsp;&raquo; parmi les vendeurs de livres est &laquo;&nbsp;celui du bibliophile qui, sachant que ses héritiers disperseront assez rapidement ce qu&#8217;il a amassé avec amour, passion parfois, ou le partageront dans les pires conditions, juge préférable de le vendre lui-même, sachant qu&#8217;on partage plus équitablement une somme d&#8217;argent que des livres. Je n&#8217;insisterai pas sur le regard de tristesse que j&#8217;ai pu constater en telle situation, lorsque le vendeur voyait ranger dans des cartons et emporter ce qui avait été souvent une des grandes joies de son existence.&nbsp;&raquo; (<em>L&#8217;amour Livre. Souvenirs d&#8217;un bouquiniste de province</em>, Toulouse, Ed. Midia, 1987, pp. 66-67)</p>
<p>Qu&#8217;il est difficile aux bibliophiles et bibliomanes de faire comprendre le plaisir que leur donnent les livres à ceux qui y restent insensibles! Comment leur dire, par exemple, avec quel contentement j&#8217;ai préparé ce billet, parce que je l&#8217;écrivais au milieu de livres tapissant jusqu&#8217;au plafond les quatre murs de la pièce, à côté d&#8217;autres chambres également remplies de livres, jusque sur le plancher… Mais non, je ne suis pas bibliomane fou: simplement amoureux des livres…</p>
<p><em>Arrivant à la fin de ce texte, j&#8217;ai bien sûr commandé deux livres de plus (je sais, ce n&#8217;est pas raisonnable, mais tellement tentant): les textes de Charles Nodier consacrés à la passion de lire et réunis en un recueil</em> (<a href="http://www.amazon.fr/gp/product/285920220X?ie=UTF8&amp;tag= religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=285920220X">L&#8217;amateur de livres, précédé du Bibliomane, de Bibliographie des fous et De la monomanie réflexive</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t= religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=285920220X" border="0" alt="" width="1" height="1" /><em>, édition présentée par Jean-Luc Steinmetz, Paris, Le Castor Astral, 1993) et le roman de Jean-François Kierzkowski,</em> <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2915596522?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2915596522">Le Bibliomane</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2915596522" border="0" alt="" width="1" height="1" /> <em>(Rennes, Ed. Les Perséides, 2010). Mais j&#8217;ai sagement décidé de différer l&#8217;achat du gros volume de Basbanes</em> (<a href="http://www.amazon.com/gp/product/0805036539?ie=UTF8&amp;tag=religioscope-20&amp;linkCode=as2&amp;camp=1789&amp;creative=9325&amp;creativeASIN=0805036539">A Gentle Madness: Bibliophiles, Bibliomanes, and the Eternal Passion for Books</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.com/e/ir?t=religioscope-20&amp;l=as2&amp;o=1&amp;a=0805036539" border="0" alt="" width="1" height="1" />) <em>ainsi que celui d&#8217;un ouvrage de Renaud Muller, </em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/273845853X?ie=UTF8&amp;tag= religioscope-21 &amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=273845853X">Une anthropologie de la bibliophilie: Le désir de livre</a><img style="border: none !important; margin: 0px !important;" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=273845853X" border="0" alt="" width="1" height="1" /><em> (Paris, L&#8217;Harmattan, 2000).</em></p>
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		<title>L’amour du papier</title>
		<link>http://orbis.info/2010/06/l%e2%80%99amour-du-papier/</link>
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		<pubDate>Sat, 26 Jun 2010 20:25:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-François Mayer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres et édition]]></category>
		<category><![CDATA[imprimerie]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[papier]]></category>

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		<description><![CDATA[En prélude à une prochaine note sur la passion des livres, quelques remarques sur son corollaire: le papier. Je trouve un plaisir sensuel à caresser une page, à sentir la texture du papier, et nul besoin pour cela qu’il s’agisse d’une édition de luxe. Périssable? Peut-être pas autant que nous le pensons, si l'on songe à la durée de certains papiers et à la durée incertaine de supports informatiques.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/06/papermaking.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-141" title="papermaking" src="http://orbis.info/wp-content/uploads/2010/06/papermaking.jpg" alt="" width="283" height="424" /></a>Au mois de mai, le jeudi de l’Ascension, j’ai fait la désagréable expérience d’un dégât d’eau chez moi. Ennuyeux, puisqu’il faut ensuite réparer. Mais plus que cela, car quelque 200 volumes et brochures furent abîmés ou irrémédiablement détruits. L’occasion semble bonne pour partager quelques réflexions et anecdotes sur le goût pour les livres et l’imprimé en général. Ce sera l’objet de la prochaine note. Mais tout d’abord, quelques observations sur l’amour du papier.</p>
<p>Amour du papier? Oui, même si je suis loin d’être un expert du sujet: après tout, je trouve un plaisir sensuel à caresser une page, à sentir la texture du papier, et nul besoin pour cela qu’il s’agisse d’une édition de luxe. Parmi les volumes abîmés en ce jour fatidique de l’Ascension 2010 se trouvait une série reliée d’une petit périodique de l’entre-deux-guerres: plus d’une fois, en le consultant, je me plaisais à passer les doigts sur les pages bien lisses, comme pour les lisser encore mieux. En revanche, quand le papier bien conservé se gondole après les atteintes de l’humidité, ce plaisir disparaît — et peu importe que le texte soit toujours lisible, la lecture s’en trouve gâchée.<span id="more-134"></span></p>
<p>Ironie du sort: parmi les volumes atteints (mais superficiellement) se trouvait un <em>Glossaire du Papetier</em>, rédigé par Jean-Claude Perrin et imprimé en édition numérotée de 500 exemplaires dans la région lilloise en 2003. Un livre sur beau papier, comme il se doit, qui rassemble “les mots et expressions utilisées par le papetier depuis l’invention du papier jusqu’à ce jour”, avec 124 illustrations (dessins de l’auteur) et une bibliographie. Passionnants aperçus sur tous les aspects de la transformation de la cellulose en papier. Avec un rappel historique introductif: apparu en Chine, le papier atteint le bassin méditerranéen à la suite de la capture de Chinois maîtrisant cette technique par les Arabes lors d’une bataille à Samarcande en 751! Il se diffuse en Grèce au Xe siècle, en Espagne au XIe.</p>
<p>La production mondiale de papier était de 8 millions de tonnes en 1900, ai-je aussi appris; en l’an 2000, elle atteignait près de 300 millions de tonnes, dont 90 millions en Europe.</p>
<p>Je renonce à énumérer mes découvertes en me plongeant dans ces notices: le vocabulaire papetier est riche, et peu d’entre nous en connaissent toutes les subtilités. D’autant plus que le Glossaire est plus qu’une liste sèche, mais fourmille de petites remarques non dénuées d’humour, ou d’explications sur des particularités techniques.</p>
<p>Baskerville, par exemple, évoquait pour moi une police de caractères: mais j’ignorais que John Baskerville (1706-1775), imprimeur anglais, fut également l’inventeur du papier vélin (“papier dont aucune marque n’apparaît par transparence donnant  l’apparence du parchemin”).</p>
<p>De même, je n’aurais jamais imaginé que le mot “châtaignée” désigne une “feuille de papier artisanal défectueuse parsemée de petits bourrelets de pâte appelée andouilles”. Et je ne savais pas plus que le “papillotage” était un “défaut d’impression dû à un mauvais positionnement de la feuille à sa mise en pression et provoquant une double impression comme les ailes du papillon”. De telles notices fleurent bon le parfum d’un vieux et noble métier!</p>
<p>Il y a une dizaine d’années, les hasards d’un voyage en avion m’avaient valu de me retrouver assis à côté du représentant d’un grand fabricant de papier français, qui se rendait à l’étranger pour y rencontrer des clients. Il m’avait parlé de toute les techniques de production, par exemple celles du papier bible, très fin, à la fois opagque et résistant, puisqu’il ne doit pas se déchirer à l’impression malgré sa finesse. Tous les fabricants ne maîtrisent pas de telles techniques.</p>
<p>Pourtant, après le traumatique incident du jour de l’Ascension, j’en étais venu à me dire que le papier est quelque chose de bien périssable. “Pas du tout”, se récria le libraire d’ancien auquel je fis cette remarque. Il s’empara d’un volume sur son bureau: “Voyez, ce livre a deux siècles, je peux toujours le lire, le papier est en parfait état. Pensez-vous que vous pourrez encore lire, dans deux siècles, des données que vous enregistrez aujourd’hui sur un support informatique?” Il avait raison, en tout cas pour les papiers de bonne qualité.</p>
<p><em>Je profite de cette notice pour signaler à mes lecteurs auxquels il arrive de passer dans ma ville de Fribourg qu’on y trouve un intéressant <a href="http://www.gutenbergmuseum.ch/" target="_blank">Musée Gutenberg</a> (“musée suisse des arts graphiques et de la communication”), avec une exposition permanente sur l’histoire de l’imprimerie et d’originales expositions temporaires, dans un immeuble du XVIe siècle.</em></p>
<p><em><span style="font-size: 80%;">Crédit photographie: © 2009 Henning Mertens &#8211; Agence: <a href="http://www.istockphoto.com" target="_blank">iStockPhoto</a></span></em></p>
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