Le duel n’a pas été aussi pratiqué en Suisse romande que dans de grands pays voisins: mais il y a bel et bien existé. Le sujet n’avait pourtant pas fait l’objet d’une étude panoramique. À travers quinze chapitres signés par différents auteurs, dont plusieurs études de cas et des contributions sur l’escrime et les « arts martiaux historiques européens », des approches variées nous sont proposées par un nouvel ouvrage, dirigé par Olivier Meuwly et Nicolas Gex, Duel et combat singulier en Suisse romande: de l’Antiquité au XXe siècle (Bière, Éd. Cabédita, 2012, 228 p.). Ils ouvrent aux lecteurs un bon tour d’horizon, jamais ennuyeux. Le lancement de ce livre a eu lieu hier au Château de Rolle.

Le centre administratif de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours à Salt Lake City, Utah; à l'arrière-plan, le temple mormon (© Garry Bryant | Dreamstime.com).
Cette semaine, j’ai participé à l’enregistrement d’une émission hebdomadaire de la Télévision suisse romande, Faut pas croire, qui, autour de la candidature de Mitt Romney et de son écho dans les « primaires » du Parti républicain, traitera du facteur religieux dans les élections américaines et des réactions face à un candidat qui ne cache pas sa foi mormone – tout récemment encore, la divulgation de sa déclaration fiscale a mis en évidence sa générosité envers son Église.
L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours compterait aujourd’hui quelque 14 millions de fidèles, selon ses statistiques officielles. 57% de ceux-ci vivent en dehors des États-Unis: en effet, depuis le milieu des années 1990, les mormons non américains sont devenus la majorité, ce qui témoigne aussi du dynamisme missionnaire du mouvement. Au 19ème siècle, les nouveaux convertis étaient encouragés à émigrer vers l’Amérique; aujourd’hui, ils sont au contraire encouragés à construire l’Église dans leur pays. L’Utah reste cependant le cœur du mouvement, comme ont pu le constater tous ceux qui ont visité Salt Lake City ou d’autres localités de cet État: le grand centre administratif de l’Église et le temple mormon marquent le paysage. Il y existe une dynamique culture mormone, qui marque même des gens qui n’ont plus guère de pratique religieuse: comme me le faisait remarquer un jour un chercheur turc résidant à Salt Lake City, y être mormon est très différent de ce que signifie l’appartenance à cette Église dans d’autres parties du monde; en Utah, cela n’est pas sans analogie avec l’appartenance à un groupe ethnique.
Pour les observateurs des phénomènes religieux, le mormonisme est un sujet passionnant: par son histoire, par sa créativité doctrinale, mais aussi par le complexe rapport qu’il entretient avec ses sources chrétiennes. Du point de vue des mormons eux-mêmes, leur Église est le rétablissement du christianisme dans sa forme la plus authentique. Les Églises chrétiennes historiques, en revanche, ne sont pas de cet avis. Or, il est intéressant de constater que la position du mormonisme par rapport aux modèles dominants du christianisme n’est pas figée: autant que l’évolution du mouvement lui-même, cela illustre probablement la force d’attraction, notamment dans un environnement tel que celui des États-Unis, d’un modèle chrétien. Et cela a des répercussions jusque sur le débat politique autour d’un candidat mormon, comme on le voit.
S.S. Grégoire XVIII, qui a accédé au Saint-Siège de Palmar de Troya (en Espagne, dans la région de Séville) l’été dernier, ouvrira solennellement le Troisième Saint, Grand et Dogmatique Concile Palmarien le 6 janvier 2012. Le pontife palmarien a en outre décrété que le 1er janvier 2012 marquerait le commencement d’une année sainte palmarienne « en l’honneur du Saint-Esprit ». « Tous les croyants de l’Église Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Palmarienne peuvent obtenir durant toute l’année 2012 une indulgence plénière », à différentes conditions, à l’occasion de pèlerinages à la basilique cathédrale de Notre Mère Couronnée du Palmar.

Par ces décisions, Grégoire XVIII (que l’on voit sur la photographie ci-dessus) se signale pour la première fois à l’attention des observateurs du champ religieux, depuis son accession au souverain pontificat palmarien au mois de juillet. Il est le troisième pape palmarien — désigné par son prédécesseur, comme l’avait été le précédent. C’est aussi l’occasion d’un petit tour d’horizon sur l’histoire de l’Église palmarienne et quelques récents développements.

La semaine dernière, j’ai reçu le dixième volume du Dictionnaire historique de la Suisse. Treize sont prévus, le premier était paru en 2002: l’entreprise se poursuit donc au rythme imperturbable d’un volume annuel. Au total, le DHS comptera 36.000 articles, plus de 10.00 pages et 8.500 illustrations. Et pas seulement en français, mais aussi en allemand et en italien, ce qui donne une idée de l’ampleur de ce projet.
J’y avais souscrit et je ne regrette pas la dépense que représente l’acquisition d’un nouveau volume chaque année. Car ce dictionnaire est une mine d’information. Si certains articles sont brefs (notamment les biographies, couvrant en règle générale un paragraphe), d’autres sont longs de plusieurs pages. Quelle que soit la longueur de l’article, des références bibliographiques sont fournies pour qui désire en savoir plus. Une illustration abondante et attrayante complète le texte, ainsi que des diagrammes quand il y a lieu (par exemple pour des données statistiques).
Ce n’est donc pas simplement un dictionnaire que l’on consulte quand on cherche quelque chose de précis: chaque fois que sort un nouveau volume, je prends plaisir à le parcourir et à me plonger dans des notices que je ne cherchais pas. Ce que j’ai fait en recevant ce dixième volume.
Il est mort le matin de Pâques. Devant sa dépouille, des foules sont venues se recueillir ainsi que la plupart des grandes figures politiques indiennes, tous partis confondus. Sathya Sai Baba était peut-être le gourou indien contemporain le plus influent. Plus qu’un gourou, à vrai dire, aux yeux de ses disciples: rien moins qu’une incarnation divine. Mais «il a décidé de baisser le rideau sur cette incarnation», commentait l’un des médias en ligne consacrés à son message.


Cette semaine, je suis retourné au Salon international du livre et de la presse de Genève, dont c’était la 25e édition. J’hésite toujours avant de visiter un tel salon: je me promets de ne rien acheter… ou presque… mais je finis toujours par céder (un peu!) à la tentation et à charger un peu plus les rayons déjà bien remplis de ma bibliothèque! Certes, l’abondance des ouvrages, d’un stand à l’autre, peut aussi exercer un effet modérateur, nous rappelant que l’on ne saurait tout lire, même dans ses domaines de prédilection….
J’ai pris du plaisir à cette visite: même si le salon a enregistré moins de visiteurs que les années précédentes, paraît-il, je l’ai trouvé mieux centré sur le livre que certaines années précédentes. En y allant, le 3 mai, mon intention n’était pas d’en tirer un billet. A mon retour, cependant, il m’a semblé que quelques observations pourraient intéresser des lecteurs. Je les partage donc, en vrac. En commençant par un coup de cœur pour un éditeur, et une « mention spéciale » pour un autre.

La semaine dernière, j’ai eu connaissance de deux initiatives venant de catholiques français et utilisant Internet comme support. Tout d’abord, sur le compte Twitter de Religioscope, j’ai reçu une invitation à suivre les tweets de « Bondieuseries jolies », relais d’un magasin en ligne dont l’activité est ainsi résumée: « Les créations Sur la terre comme Ô ciel ont une vocation : enchanter la vie avec sens et fantaisie. Elles parlent de foi avec sobriété et ravissent les divines. » Le jour précédent, dans un message envoyé par le formulaire de contact du site Religioscope, un correspondant m’annonçait: « Je vous présente le premier videoclip catholique, Veni Creator! » Et m’invitait à visiter une page pour plus d’informations sur le CD de chant grégorien que ce videoclip voudrait promouvoir.
Je m’intéresse depuis assez longtemps à Internet pour ne pas m’étonner de telles initiatives. Dans les deux cas, en revanche, ce qui m’a intrigué était le style et/ou le vocabulaire sur lesquels s’appuient ces efforts de communication. Aurais-je été inattentif à des évolutions récentes? Ou ces cas nous révèlent-ils de nouveaux styles d’expression de catholiques français se moulant sur leur environnement culturel? Deux exemples anecdotiques n’autorisent certes pas à conclure: pourquoi pas, en revanche, saisir l’occasion pour partager quelques observations?

Volontaire ou forcée, une migration vers une nouvelle terre peut conduire un croyant à s’accrocher d’autant plus à sa foi; mais l’expérience de la migration provoque chez d’autres une remise en question ou ouvre la porte à la réorientation vers des croyances nouvelles.
En 2010, j’avais dirigé un numéro du Refugee Survey Quarterly sur le thème « Réfugiés et religion ». Celui-ci contenait notamment un article du Professeur Louis Jacques Dorais (Université Laval, Québec) à propos de la religion chez les réfugiés vietnamiens, à partir d’enquêtes menées par l’auteur au Québec. De 1975 à 2005, en effet, pas moins de 1,5 million de personnes avaient quitté le Vietnam: nous gardons encore en mémoire le souvenir de ceux que l’on appelait les boat people, dans les années suivant la prise de contrôle du pays par les forces communistes.
Nombre d’exilés vietnamiens interrogés par Dorais expliquaient que la religion avait été pour eux une source de réconfort durant leurs épreuves: celles-ci avaient donc plutôt renforcé leur foi. Nombreux étaient ceux qui attribuaient à une intervention directe venue d’en haut d’avoir échappé à tous les périls pour trouver une vie meilleure: plusieurs évoquaient des faits surnaturels durant leur exode, par exemple.Mais certains avaient aussi connu à ce moment des expériences de conversion. Dans des directions opposées, d’ailleurs: tel catholique, après une manifestation du « Seigneur de la Mer de Chine » durant la navigation, s’était converti au bouddhisme; à l’inverse, une famille bouddhiste était devenue catholique après avoir été sauvée par la Sainte Vierge.

L’éditeur Berg International a pris l’heureuse initiative de rééditer récemment un ouvrage épuisé depuis des années: un livre rédigé par le sociologue Henri Desroche (1914-1994), Dieux d’hommes: dictionnaire des messianismes et millénarismes du 1er siècle à nos jours. Après une stimulante introduction sur les millénarismes, le volume fait défiler devant nous une étonnante galerie de portraits – des figures de prophètes souvent oubliés, des livres que personne n’ouvre plus mais qui ont eu des lecteurs enfiévrés, des périodiques qui ont prêché l’irruption prochaine de grands bouleversements, des groupes qui ont cru devoir alerter leurs contemporains de l’imminence d’un temps de troubles préludant à une ère messianique. Mais ceux, aussi, qui ont tenté de combattre la séduction de telles espérances. Il suffit de feuilleter ce volume pour se rendre compte que les attentes millénaristes ont constamment accompagné le christianisme, et que l’époque contemporaine n’est assurément pas la moins bien servie en la matière. Je me propose de rédiger prochainement un compte rendu de cet ouvrage sur le site Religioscope.
Pour la plupart d’entre nous, évoquer les millénarismes fait vraisemblablement surgir soit des réminiscences d’histoire médiévale, soit certains groupes religieux de notre époque, tels que les Témoins de Jéhovah, dont la prédication place ce thème au centre même du message. « La fin est-elle proche? », titrait en août 2010 leur magazine La Tour de Garde, sur fond d’une photographie du globe terrestre frappée de plusieurs côtés depuis le ciel par des boules de feu.
Si ces scénarios fascinent, il ne faut bien sûr pas les réduire à quelque goût morbide des catastrophes ou au goût des frissons. Leur attrait s’explique par la promesse d’autre chose qui les accompagne. Et aussi parce qu’ils permettent d’entrevoir une réponse à toutes les incertitudes accompagnant la précarité des société humaines –quelles que soient les percées de la science ou de la technique, qui engendrent d’ailleurs de nouvelles craintes.
Le croyant millénariste se sent dans une position privilégiée, puisqu’il lui est donné de comprendre où va le monde, les présentes incertitudes n’étant finalement que des péripéties dans un scénario écrit d’avance et dont l’aboutissement est connu, débouchant finalement sur la sortie de l’histoire telle que nous la connaissons.

Depuis 300 numéros, je suis abonné au Bulletin des Lettres! Plus précisément depuis le numéro 399, publié le 15 juin 1978. J’avais découvert cette « revue mensuelle de critique et d’information bibliographique », comme l’annonçait son sous-titre de l’époque, alors que j’étais étudiant à Lyon.
J’y suis toujours resté fidèle. Et j’ai reçu cette semaine le numéro 699 (février 2011): le mois prochain, le Bulletin des Lettres publiera son numéro 700! Ce sera, souligne la rédaction, « celui de mars, le Mois des poètes, salué par une belle rubrique Poésie. C’est donc à l’aile légère (mais solide) de la poésie que nous confions nos destinées immédiates », conclut l’éditorial du numéro 699.
700 numéros, dont 300 comme abonné… cela mérite bien un billet ici! Pour répondre à la question: pourquoi donc faut-il lire le Bulletin des Lettres?…

